La reprise d'activité vue par un gastro-entérologue

Le 19.06.2020 par Dr Dominique Neveu, Hépato-gastro-entérologue
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Dominique NEVEU, hépato-gastro-entérologue libéral, installé dans une clinique à Paris, explique comment il a vécu la crise sanitaire et partage son retour d’expérience après quelques semaines de déconfinement.

Comment votre profession a-t-elle traversé cette crise sanitaire ?

Dans un premier temps, il y a eu une certaine sidération de notre activité.

Le confinement a été respecté de façon stricte, surtout par nos confrères représentant des facteurs de risques, ce qui a été mon cas à titre personnel.

Puis, assez rapidement, nous avons eu besoin de reprendre notre activité professionnelle pour de multiples raisons, principalement éthiques parce que nous sommes médecins et que notre rôle est de soigner, même dans des périodes difficiles.

J'ai fait une petite enquête en téléphonant à mes confrères : certains d’entre eux se sont arrêtés complètement, d’autres, surtout les plus jeunes, ont continué une activité modérée.

Une enquête de la Société française d'endoscopie digestive (SFED) a confirmé une chute de 90 % des consultations et des actes d’endoscopie due à la pandémie du Covid-19.

Dans le cadre du Plan Blanc, les Recommandations de la SFED étaient de ne faire les endoscopies que pour les urgences vitales ou des semi-urgences, et donc finalement, assez peu d'indications.

Les examens ont dû être réalisés dans des conditions très contraignantes car, dans beaucoup d'établissements, tout était mobilisé pour les patients Covid-19.

Comment s’est passée la reprise d’activité pour votre spécialité ? A quel rythme ? Tous vos confrères ont-ils pu reprendre leur activité ? Vos relations avec votre patientèle a-t-elle évolué ?

J'ai fait quelques sondages qui permettent de dire que, maintenant, la plupart des gastro-entérologues ont repris leur activité.

Deux problèmes persistent cependant :

  • La crainte d'être contaminé, mais qui s'éloigne au vu de la diminution de la circulation du virus.
  • Les contraintes organisationnelles au sein des établissements pour les soignants et les non soignants en raison des mesures de précaution à respecter.

Pour les consultations, tout se passe plutôt bien car des circuits ont été organisés et les mesures de protection sont appliquées tant par les médecins que par les patients. Une assistante reçoit les patients, leur donne un masque et du gel hydro-alcoolique. Les consultations sont programmées toutes les demi-heures de façon à ne pas encombrer les salles d’attente.

Pour les hépato-gastro-entérologues, plusieurs inquiétudes persistent au niveau de la pratique des endoscopies, qui représente la majorité de notre activité.

En tout premier lieu, nous sommes toujours dans le Plan Blanc, avec les restrictions des indications des endoscopies. Nous nous posons la question de savoir si cette décision n'entraîne pas une perte de chance pour les patients, en particulier pour les pathologies cancéreuses, si nous retardons la date d'un examen.

En second lieu, ne faisons-nous pas courir un risque de contamination par le Covid-19 à nos patients en les faisant venir dans un établissement de santé ?

A ce sujet, des études intéressantes ont montré que le sur-risque de contamination par le Covid-19 était à peine de 3,2 % et que la sécurité des patients pouvait être assurée.

En conséquence, si toutes les contraintes sont appliquées (questionnaires Covid remis au patient lors de la consultation avant l'endoscopie, circuits dédiés, mesures barrières), on peut admettre que la balance bénéfice/risque est en faveur de la reprise des endoscopies digestives.

Un autre problème, qui semble assez général, est celui relatif à la réduction d’environ 50 % des créneaux d’endoscopie du fait de ces diverses contraintes. Les plannings d’endoscopie sont généralement établis trois mois à l’avance et il est donc très difficile de les réorganiser.

Pendant le confinement, j’avais appelé tous mes patients qui avaient déjà pris des rendez-vous d’endoscopie pour les mois suivants. Nous avons donc pu, à ce moment-là, refaire un planning pour des examens non urgents, et qui ont été reportés.

J’ai pu constater que beaucoup de patients étaient inquiets du contexte infectieux et préféraient attendre plusieurs mois avant de reprogrammer l’endoscopie.

Les relations avec la patientèle sont restées très bonnes, les patients étant très touchés de mes appels pendant le confinement, comprenant les raisons de l'arrêt de l'activité et acceptant volontiers les contraintes liées à la reprise de celle-ci.

Les recommandations professionnelles des conditions de reprise ont été communiquées. Quelles ont été les difficultés rencontrées et quelles questions persistent dans votre activité après ces premières semaines de reprise ?

Au début de l’épidémie, des retards d’approvisionnement pour les masques FFP2, mais également pour les lunettes et les sur-blouses, ont été signalés par environ la moitié des hépato-gastro-entérologues. Ce fait a été confirmé par une enquête de la SFED.

Actuellement, toutes les mesures de précautions semblent avoir été mises en place et nous ne manquons a priori pas de matériel.

Outre les contraintes d'organisation déjà évoquées, il existe également celle représentée par la nécessité d'une traçabilité supplémentaire sur le plan infectieux à inscrire dans le dossier médical : avant et après l'endoscopie, puis 15 jours après l'examen, ainsi que le motif en cas du report de l'endoscopie.

Au niveau assurantiel, les confrères se posent la question de savoir s'ils seront assurés pour le cas où ils seraient amenés à pratiquer des endoscopies en dehors des Recommandations dans le cadre du Plan Blanc.

La crise sanitaire a bousculé les pratiques professionnelles : télémédecine, gestion des rendez-vous, accueil des patients, aménagement du cabinet et de la salle d’attente, examen clinique… A votre avis, à terme, votre profession va-t-elle revenir aux pratiques antérieures ou modifier sa manière d’exercer ? Va-t-elle continuer à recourir aux moyens technologiques utilisés pendant la crise, telle que la téléconsultation ?

En effet, durant cette épidémie, dans l'enquête que j’ai pu faire et en écoutant les interventions d’autres confrères, la téléconsultation s’est beaucoup développée et semble avoir été très utile. Cette pratique était déjà utilisée avant l’épidémie et, malgré une mise en œuvre un peu difficile, elle s’est généralisée à cette occasion.

Par ailleurs, nous nous sommes rendu compte que, pour beaucoup de maladies chroniques, en particulier les MICI, la téléconsultation rendait beaucoup de services et que la consultation présentielle n’était pas indispensable si la situation de nos malades était bonne sur le plan clinique et biologique.

De plus, pour ces patients souvent jeunes, cela pouvait éviter un déplacement pénalisant sur le plan professionnel.

Par contre, dans certains domaines, comme la proctologie, le recours à la téléconsultation apparaît plus délicat.

Maintenant, le problème est de savoir quelle sera la place de la téléconsultation, pas toujours facile à intégrer dans le planning des consultations présentielles.

Par ailleurs, d’après certaines études, il semble qu’au bout d’un certain temps, à peu près 50 % des patients abandonnent ce mode de consultation, préférant voir leur médecin.

La téléconsultation a été indispensable durant cette crise sanitaire car elle a permis de garder le lien entre le médecin et son patient.

Cette pratique va à l'évidence se développer et sera incontournable dans les années à venir.

Un bon conseil à vos confrères en cette période de reprise ?

Une récente enquête de la SFED a relevé qu’environ 21 % des hépato-gastro-entérologues ont eu des symptômes compatibles avec le Covid-19.

Nous savons que l’endoscopie digestive est une spécialité potentiellement à risque sur le plan infectieux.

Cependant, j’ai été surpris de constater dans les résultats de l'enquête de la SFED que, malgré les mesures mises en place en mars 2020, 57 % des gastro-entérologues avaient pratiqué des endoscopies sans masque…

L'endoscopiste peut transmettre ou être contaminé par un agent infectieux lors de son acte.

Un bon conseil serait probablement de recommander le port systématique du masque lors de la pratique des endoscopies digestives, même en dehors de tout contexte de pandémie…

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