Tout savoir sur la maison de santé : avantages, coûts, allègement des tâches administratives, conseils…

Le 29.09.2020 par Pierre De Haas, médecin généraliste
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Pierre De Haas est un médecin généraliste qui s'est beaucoup investi au cours de sa carrière dans l'amélioration de l'organisation des soins et notamment en proposant des formations en faveur de l'exercice en groupe. A travers ce témoignage, il nous donne son point de vue sur les maisons de santé pluridisciplinaires.

Pierre de Haas en bref

 

Pierre De Haas est médecin généraliste. Il exerce avec une quinzaine de soignants dans la maison de santé de Pont-d’Ain, dont il a piloté le projet et dont il raconte l’histoire dans son premier livre.

Tout au long de son exercice, il cherche à améliorer l’organisation des soins (système de garde en milieu rural, coordination ville-hôpital, travail pluriprofessionnel). Et il s’investit dans la formation continue en menant de nombreuses actions (groupes d’échanges, organisation du cabinet, gestion du temps, management d’équipe…).

Il fonde en 2008 la Fédération des maisons de santé en Rhône-Alpes (FEMASRA) et préside la Fédération française des maisons et pôles de santé de 2009 à 2016. En 2013, il participe au comité des « sages » qui élabore le rapport « Un projet global pour la stratégie nationale de santé ».

Depuis plusieurs années, il aide des équipes à se constituer en maison de santé. En 2017, il quitte la présidence de la Fédération des pôles et Maisons de santé (FFMPS) fondée par lui-même 10 ans auparavant.

 

Quels sont les avantages, pour un professionnel, à s’installer en maison de santé pluriprofessionnelle (MSP) ?

 

Le premier avantage, c’est la qualité de vie professionnelle. En travaillant dans une maison de santé pluriprofessionnelle, quand on part en vacances, ou si on a besoin de s’absenter une demi-journée, ça pose bien moins de problèmes qu’en travaillant en solitaire.

Deuxième élément, la qualité du travail. Les conditions de travail sont nettement plus agréables qu’en étant seul. De plus, quand vous n’avez aucun compte à rendre à qui que ce soit, votre qualité de travail commence à en pâtir après quelques années. En équipe, il y a une stimulation interne interprofessionnelle, ce qui fait que vous êtes toujours en train de donner le meilleur de vous-même, de vous tenir au courant des dernières recommandations, de réfléchir en équipe à l’organisation de votre système d’information, etc. La qualité des soins est donc nettement supérieure grâce à l’émulation entre professionnels, et aussi parce que vous travaillez en pluridisciplinaire. Une MSP qui combine juniors et seniors, c’est absolument génial. Les juniors apportent de la dynamique, remettent en cause, veulent aller chercher de nouveaux outils. Les seniors apportent leur expérience, leur connaissance du territoire, leur réseau.

 

Combien cela coûte-t-il, pour un professionnel, de travailler en MSP ?

 

Un médecin généraliste moyen, qui a un secrétariat, un ordinateur, une voiture, débourse en moyenne entre 40 et 45 % de son chiffre d’affaires pour ses frais professionnels. En maison de santé, c’est un peu plus : ça monte à 50 % du chiffre d’affaires, parce qu’il y a plus de secrétariat, d’organisation, de matériel. À la différence qu’en MSP, s’il est bien organisé, le chiffre d’affaires augmente. Peu ou prou, si vous travaillez en maison de santé, vous gagnez à peu près la même chose que seul. Par contre, la qualité de vie n’a rien à voir.

 

Une MSP peut-elle avoir vocation à filtrer les entrées aux urgences pour les désengorger, faisant office en quelque sorte d’« antichambre » de l’hôpital ?

 

Théoriquement oui, mais tant que les services d’urgence resteront ouverts sans filtrage « obligatoire » en amont, comme cela se fait dans d’autres pays, c’est assez illusoire d’y croire. Toute personne se présentant aux urgences est prise en charge. C’est « open-bar ». Nous avons beau mettre en place des accompagnements de patient à domicile, si un des enfants de passage, ou un voisin bien intentionné décide d’emmener le patient aux urgences, nous ne pouvons pas l’en empêcher.

 

Les médecins qui exercent seuls sont souvent contraints de consacrer beaucoup de temps aux tâches administratives. Comment une MSP peut-elle alléger cette charge ?

 

Je connais en effet des médecins qui font encore le ménage dans leur cabinet le soir, parce qu’embaucher quelqu’un, établir des bulletins de salaire, ça leur parait la croix et la bannière. En MSP, délesté d’une bonne partie des tâches administratives, les médecins finissent par ne faire que du soin, car ils peuvent confier cette charge à des gens qui ont de vraies compétences dans ce domaine.

Cette notion de surcharge de travail chez les médecins reste toutefois très discutable. Aujourd’hui si un médecin a un minimum de conception de management, il se féliciterait d’avoir beaucoup de travail, il se mettrait à travailler autrement et il gagnerait encore mieux sa vie. Je ne connais pas beaucoup de chefs d’entreprise qui ne se frottent pas les mains quand il y a une diminution de la concurrence et une augmentation de la charge de travail. La médecine est le seul secteur où ça existe, c’est très troublant.

 

Vous aviez élaboré il y a quelques années un projet en six briques, ou six dossiers à travailler pour monter à bien le projet. Comment mène-t-on une MSP à la réussite ?

 

Je le ferais peut-être un peu différemment aujourd’hui, parce que le système d’information a pris beaucoup d’importance. Mais pour quelqu’un qui voulait lancer une maison de santé, c’était vraiment les six objets qu’il fallait traiter. À savoir : l’analyse territoriale, car ça ne sert à rien de monter une MSP s’il n’y a pas un besoin précis sur ce territoire.

Vient ensuite la dynamique humaine avec un partage des valeurs et plus concrètement des points où les gens se croisent, échangent. Il faut également un projet de santé pour l’équipe : comment gérer les patients chroniques, comment travailler avec les infirmières, etc.

Il ne faut pas négliger les aspects juridiques, car il existe un tas de possibilités pour monter une société : SCM, SCP, société d’exercice libérale, SCI d’attribution, SCI, copro, association… Il faut des connaissances en finances, pour être capable d’aller chercher les ressources nécessaires. Enfin, il faut prendre en compte les aspects immobiliers, de la construction. Au début, ceux qui se lançaient dans l’aventure des MSP faisaient construire. Ce qui a entraîné pas mal d’échecs : ils avaient vu trop grand, ou bien trop petit, ou n’avaient pas prévu de modularité.

 

En 2012, vous prévoyiez que dans les deux ans, un médecin sur dix travaillerait en maison ou pôle de santé. Qu’en est-il aujourd’hui ?

 

On compte environ 1500 maisons de santé, et environ 20 % des professionnels de santé qui y travaillent. Mais depuis l’ouverture des premières en 2005-2006, elles n’ont pas encore gagné tout le territoire, car les médecins ont du mal à déléguer. Aujourd’hui ça plafonne alors que je pensais que la courbe serait exponentielle, car c’est une méthode de travail hyper agréable.

 

En juin dernier, dans une tribune dans Le Monde, le spécialiste de la santé Yves Hochard s’inquiétait de la disparition de la médecine libérale, au profit des centres de santé. Qu’en pensez-vous ?

 

C’est une évidence. La médecine libérale ne répond plus à la demande. Des patients ne trouvent pas de médecins, ils sont obligés de faire des kilomètres pour en trouver. Le libéral, au lieu de dire à l’État « je vais organiser et gérer mon territoire », ne s’occupe que de sa patientèle. J’ai l’exemple d’une dame soignée pendant vingt ans par le même médecin. Elle est partie un an dans un autre département, avant de revenir. Le médecin a refusé de la reprendre ! Des histoires comme ça, on en voit à la pelle. À chaque fois je me dis que le libéral est aux abonnés absents.

Les gens prennent ce qu’il y a de bon dans le libéral, mais ne reconnaissent aucune obligation vis-à-vis du territoire. Pour moi, ça marque la fin du libéralisme. Autre élément, la représentation professionnelle est totalement défaillante sur les nouvelles organisations nécessaires. De plus, la nouvelle génération qui arrive n’est pas du tout dans cette optique de libéralisme. Elle est prête à discuter n’importe quel type de salariat, à partir du moment où sa qualité de vie est préservée. Tous ces éléments mis bout à bout me font penser que la médecine libérale est vraiment mal en point. Dans vingt ou trente ans, il ne restera pas grand-chose du libéralisme qu’on a connu au XXe siècle. Conséquence : les maisons de santé se transformeront en centres de santé progressivement.

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