Intelligence artificielle et santé : un avenir en commun !

Le 01.12.2020 par Dr Thierry HOUSELSTEIN
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intelligence artificielle Docteur Thierry Houselstein

L'application de l'intelligence artificielle en pratique médicale quotidienne reste encore marginale. Pourtant, l’intelligence artificielle appliquée au domaine de la santé connait un véritable boom depuis 2014. Son développement soulève l’enthousiasme, mais aussi quelques préoccupations...

Responsabilité des professionnels de santé, sécurisation des données personnelles des patients, altération de la relation patient /soignant...Ces questions méritent évidemment d’être débattues. Sans précipitation cependant : on est encore loin de l’IA autonome, capable de prendre seule des décisions médicales, reléguant le soignant à un simple exécutant. La fiction n’a pas encore rejoint la réalité … 

Petit tour d’horizon de cette tendance … 

L’interprétation d’imagerie, secteur de prédilection en matière d’IA 

Les patients ont parfois une vision erronée de l’utilisation que font les médecins de l’intelligence artificielle. Ils sont par exemple huit sur dix à penser que les algorithmes d’aide à la décision sont utilisés dans le domaine de la santé, alors que seulement 5 % des professionnels de santé déclarent y faire appel (étude MACSF – IPSOS, décembre 2019).  

En 2020, c’est l’interprétation d’images qui tire le plus grand bénéfice de l’IA. Cette dernière commence à apporter une vraie plus-value dans le diagnostic radiologique, au travers de systèmes automatisés de détection d’images radiologiques, ou le traitement de vastes quantités de données pour en extraire les anomalies. Cette technologie innovante va peu à peu se déployer dans les pratiques, et toutes les spécialités traitant des images ou des données seront sans doute concernées, à divers degrés.  

La crise du coronavirus a livré une très bonne illustration pratico-pratique d’application de l’IA. La start-up Synapse Medicine, qui développe une solution de sécurisation des prescriptions médicales et de détection d’interactions médicamenteuses, a proposé son aide lorsqu’il a été confirmé que certains médicaments, notamment les AINS, pouvaient aggraver les symptômes liés au coronavirus. En quelques jours, un portail a été mis à disposition permettant à chaque patient de vérifier lui-même l’existence d’une éventuelle interaction. Le système détectait automatiquement si la prise du médicament constituait un risque ou non. En quelques semaines, le portail a recueilli plus de 800 000 connexions. 

En France, un cadre légal protecteur suffisant… pour le moment 

Mal connu du grand public, l’usage de l’IA suscite autant de craintes que de fantasmes. Rappelons que l’IA a besoin de nombreuses données (du big data) pour fonctionner.  À ce titre, et à raison, la sécurisation des données de santé (hébergement, transfert d’infos, exploitation…) constitue un sujet de préoccupation majeure des patients.  

Il faut évidemment être très vigilant sur l’ensemble des données partagées avec une grande question : qui a accès à quoi, comment et pourquoi ? En France, nous avons la chance d’avoir un cadre réglementaire et juridique très rigoureux, garant du respect des données de santé. Cela peut être un frein à certains développements par rapport à d’autres pays, mais nos données personnelles sont bien gardées.  

Certaines start-up travaillent sur ces sujets, notamment la sécurisation des transferts de données entre professionnels de santéLifen, par exemple, sécurise la transmission des comptes-rendus ainsi que des documents médicaux entre les établissements de santé et les différents professionnels de santé. Cela évite ainsi que les résultats soient perdus et n'arrivent pas chez le bon médecin. De telles démarches participent là aussi à la sécurisation des pratiques médicales. 

L’utilisation de l’IA en pratique médicale ne possède pas de cadre juridique à proprement parler pour l’instant. Faut-il avoir peur de l’intelligence artificielle cependant ?  Les experts de la MACSF vous rassurent : la question se pose certes, mais à ce stade d’avancement des différents projets, un cadre légal spécifique à l’IA n’apparait pas indispensable. La législation actuelle suffit, le cadre juridique étant très clair : la responsabilité, en cas d’erreur médicale, relève du droit de la responsabilité civile habituelle.  

Concrètement, si un radiologue utilise un appareil équipé d’un système ayant recours à l’IA afin d’optimiser le diagnostic, il est responsable de son appareil mais surtout de son diagnostic. Dans le futur, dans l’hypothèse où les systèmes d’IA deviennent autonomes, il faudra sans doute faire évoluer le cadre réglementaire afin d’embarquer cette notion supplémentaire mais nous n’en sommes pas là. Nul doute que le législateur intégrera cette notion … Aujourd’hui, nous sommes également très loin des robots autonomes soignant directement des patients.  

A l’avenir, les professionnels de santé s’approprieront cet outil. Ils s’appuieront sur cette évolution technologique comme cela a déjà été le cas par le passé mais l’IA n’a pas vocation à prendre le lead sur une décision médicale.  

Plus de temps interventionnel grâce à l’apport de l’IA 

L’irruption de l’intelligence artificielle dans nos pratiques peut désarçonner certains professionnels de santé. Je ne suis pas inquiet pour eux. Au contraire, c’est une véritable opportunité qui se présente à eux de :  

  • Mieux sécuriser leurs pratiques 
  • Pouvoir faire évoluer le domaine de compétences de chacun

Grâce à ces systèmes, certaines tâches ou activités d’analyse, pourront être plus rapides, sécurisées, libérant du temps aux professionnels de santé pour consacrer davantage de temps à la relation avec les patients par exemple. Cela permettrait également de déplacer une partie de leur activité, laissant à l’IA des activités d’analyse ou de lecture automatisée. On pense bien entendu au radiologue ou toute autre profession devant analyser des images ou des données. L’autre point marquant, dans l’utilisation de ces systèmes, va être la possibilité de réaliser de plus en plus de gestes interventionnels guidés par des systèmes capables de traiter un grand nombre de données grâce à l’IA.  

La MACSF accompagne les solutions IA de demain 

Nous avons évoqué plusieurs start-up à titre d’exemple de l’application de l’intelligence artificielle en santé. Elles sont nombreuses à travailler sur le segment, et à bien le faire, souvent épaulées par un ou plusieurs médecins dans leur équipe.  

La MACSF s’investit fortement dans ce domaine, notamment en aidant et soutenant des start-ups proposant des solutions visant à améliorer la prévention du risque médical. Cela fait aussi partie du rôle de la MACSF : être présente sur la notion de risque médical. Pour cela, nous encourageons et participons au développement de solutions qui visent à sécuriser la pratique des soins, et qui offrent donc une vraie plus-value pour les professionnels de santé. À terme, c’est une activité plus sereine pour les professionnels de santé et sécurisée pour les patients.  

Pour l’instant, il existe encore un décalage important entre la présentation des solutions proposées et une déclinaison très opérationnelle, « au chevet » du patient. Mais la tendance est très clairement lancée et le déploiement va se poursuivre à grande échelle.  

Les professionnels de santé doivent s’y préparer : le déploiement de l’intelligence artificielle dans les pratiques médicales passera obligatoirement par une bonne appropriation par les professionnels de santé. Cela ne se fera pas sans eux et la MACSF aimerait les accompagner au mieux dans cette démarche.

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L’auteur

Dr Thierry HOUSELSTEIN

Directeur Médical MACSF

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