Une errance diagnostique avant la découverte d’une tumeur
La patiente âgée de 70 ans est suivie médicalement par son médecin traitant depuis de nombreuses années pour des douleurs abdominales chroniques et ostéo-articulaires, explorées à de nombreuses reprises sans anomalie significative. Les investigations digestives (échographie, fibroscopie, coloscopie, scanner) sont normales. Plusieurs rhumatologues concluent à un syndrome de Cyriax, favorisé par une scoliose importante, expliquant les douleurs costales droites dont elle se plaint également.
Cinq ans après, la patiente présente une hypertension artérielle transitoire et surtout une élévation progressive de la créatininémie, associée à un syndrome inflammatoire. Malgré plusieurs consultations aux urgences pour des douleurs persistantes de l’hypochondre droit, aucun diagnostic n’est posé, aucune imagerie n’est demandée. Le bilan spécialisé confirme un léïomyosarcome de la veine rénale, traité par néphrectomie élargie.
L’évolution est rapidement défavorable avec métastases pulmonaires, échec de la chimiothérapie et décès de la patiente.
Selon les experts : un retard diagnostique
Le diagnostic de syndrome de Cyriax* a été posé lors d’une consultation de rhumatologie.
La patiente a bénéficié de séances de traitement manuel et ostéopathique, qui ont permis une amélioration clinique, sans que cette prise en charge ne soit poursuivie. Ce syndrome étant reconnu comme une cause possible de douleurs dans la région de l’hypochondre droit, les experts estiment que ce diagnostic pouvait être évoqué.
Ils précisent que le léïomyosarcome** de la veine rénale est une tumeur rare dont les manifestations cliniques, notamment des douleurs abdominales, sont peu spécifiques. Dans ce contexte, marqué par de nombreux antécédents douloureux, il était donc particulièrement difficile d’évoquer précocement ce diagnostic.
Les experts soulignent toutefois que la dégradation de la fonction rénale est apparue plusieurs mois avant la découverte de la tumeur. Cette insuffisance rénale aigue aurait dû conduire à la réalisation d’explorations complémentaires, comprenant un bilan urinaire et une échographie rénale. Au regard de la taille de la tumeur au moment du diagnostic, il est probable que celle-ci aurait déjà été mise en évidence si ces examens avaient été réalisés plus tôt.
Néanmoins, les experts estiment que cette découverte plus précoce n’aurait modifié ni le pronostic, ni l’évolution de la maladie, ni la durée de survie de la patiente. En revanche, elle aurait permis une prise en charge plus rapide des douleurs et probablement évité plusieurs consultations répétées aux urgences.
Ils concluent ainsi à un retard diagnostique, sans perte de chance en termes de survie ou d’évolution de la maladie, mais ayant eu un impact sur la qualité de vie de la patiente.
Enseignements et recommandations
Ce dossier rappelle que la persistance ou la modification d’une symptomatologie douloureuse doit conduire à une réévaluation régulière du diagnostic.
L’apparition d’anomalies biologiques, notamment une insuffisance rénale ou un syndrome inflammatoire inexpliqué, doit systématiquement faire rechercher une cause organique par des examens ciblés, en particulier une imagerie rénale.

