Soins quantiques : qu'est-ce que c'est ?
Les soins quantiques s’inspirent de la physique quantique et surfent sur sa récente reconnaissance internationale au travers du prix Nobel de physique remis au physicien français Alain Aspect en 2022.
Les travaux de celui-ci ont montré, dans les années 1980, que dans certaines conditions, des particules, même en étant éloignées, pouvaient être comme liées par un fil invisible et interagir.
Ces propriétés hors norme suscitent depuis lors de nombreux fantasmes et conduisent malheureusement à un mésusage, intéressé ou fantasmé, de cette découverte par certains thérapeutes.
La kinésithérapie quantique repose ainsi sur l’idée que les particules subatomiques, dégageant un champ vibratoire, peuvent influencer directement notre santé et notre bien-être et qu’il est possible pour le thérapeute de pratiquer un rééquilibrage vibratoire ou énergétique du corps.
Des soins quantiques pour traiter une tendinite du coude
Une patiente est prise en charge par une masseuse-kinésithérapeute pour une tendinite.
Avant d’utiliser des ondes de choc pour traiter son coude, la professionnelle de santé a recours à un boitier procurant des soins quantiques.
Le laboratoire commercialisant ce dispositif précise que le boîtier intègre des technologies telles que le laser froid nano-pulsé et des LED afin de favoriser la photobiomodulation, c’est-à-dire qu’il stimulerait la production d’ATP, "une molécule énergétique essentielle en activant divers mécanismes de réparation cellulaire et de croissance tissulaire".
La patiente, s’étonnant de ces pratiques, dépose un signalement au Conseil de l’Ordre qui porte alors plainte contre la kinésithérapeute.
Que reproche le Conseil de l'Ordre à la kinésithérapeute ?
Plusieurs éléments sont reprochés à la praticienne.
- D’avoir utilisé une méthode non éprouvée, qu’elle en ait ou non informé sa patiente.
- D’avoir diffusé sur son site Internet, à l’époque des faits, de l’information sur la kinésithérapie quantique, la présentant comme une méthode reconnue et efficace.
En première instance, devant la chambre disciplinaire du Conseil régional de l’Ordre, une interdiction d’exercer de 3 mois est prononcée.
La kinésithérapeute décide alors d’interjeter appel de cette décision et le Conseil national de l’Ordre doit donc connaître de cette affaire.
Une pratique qui s'apparente à du charlatanisme
La kinésithérapeute mise en cause argumente sur le fait que :
- l’utilisation de ce boîtier ne consistait pas en un soin mais en un "pré-traitement" à visée antalgique, ce dont elle avait informé la patiente ;
- elle n’avait par ailleurs pas connaissance du contenu du site Internet avant la procédure, car ce site aurait été créé et alimenté par son mari.
Le Conseil national écarte fermement ces deux arguments.
Une pratique non éprouvée
Même en informant la patiente, la praticienne a utilisé des pratiques non reconnues par les données acquises de la science, non éprouvées, méconnaissant les règles déontologiques énoncées par les dispositions de l’article R4321-80 du code de la santé publique (réalisation de soins consciencieux, attentifs et fondés sur les données acquises de la science.) ainsi que celles prescrites par les articles R4321-83 (obligation d’une information claire et loyale) et R4321-87.
Cet article R4321-87 plus particulièrement énonce :
"Le masseur-kinésithérapeute ne peut conseiller et proposer au patient ou à son entourage, comme étant salutaire ou sans danger, un produit ou un procédé, illusoire ou insuffisamment éprouvé. Toute pratique de charlatanisme est interdite."
Un site Internet trompeur
L’argument selon lequel le site Internet et son contenu n’ont été découverts par la défenderesse qu’au moment de la procédure ne saurait être retenu dans la mesure où elle se devait de vérifier le contenu d‘un site reprenant son nom, son prénom et ses titres professionnels.
Un rappel clair : les soins quantiques sont proscrits dans la pratique de la kinésithérapie
Par cette décision, le conseil national de l’Ordre réaffirme vigoureusement, en faisant référence au charlatanisme, que l’utilisation de soins quantiques par des masseurs-kinésithérapeutes est proscrite, et ce, quand bien même le professionnel de santé aurait eu l’accord du patient ou ne ferait pas reposer toute sa prise en charge sur ces pratiques.

