Un bilan clinique insuffisant pour un patient à haut risque
Le code de la Santé publique confie au pédicure-podologue la réalisation d’un bilan de diagnostic podologique.
Les recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS) de novembre 2020 rappellent que tous les patients diabétiques doivent bénéficier d'un examen annuel des pieds, quel que soit le type de diabète ou l'âge du patient.
En l’espèce, lors d’une première consultation, le pédicure-podologue n’a pas appliqué ces recommandations, pourtant incontournables pour tout professionnel prenant en charge un patient diabétique.
Ces recommandations imposent notamment :
- une gradation du risque podologique réalisée par le praticien lui même,
- un examen clinique complet.
Or, la décision souligne que le pédicure-podologue n’a pas procédé lui-même à cette gradation, alors même qu’un doute existait entre un grade 2 et un grade 3. Le dossier, "très laconique", ne permet pas d’établir que les tests obligatoires ont bien été réalisés.
Aucune application des recommandations HAS lors du suivi
Au cours des soins, une lésion cutanée est apparue au niveau du cinquième orteil du patient.
Les recommandations HAS sont pourtant explicites : toute plaie du pied diabétique doit être signalée au médecin traitant et évaluée par une équipe spécialisée dans les 24 à 48 heures.
La décision mentionne : "Le pédicure-podologue n’a aucunement informé le médecin traitant […] ni même conseillé […] de consulter une équipe pluriprofessionnelle pour surveiller l’évolution de la plaie".
Pour un patient diabétique, cette absence de rigueur constitue une prise de risque majeure.
Une interdiction d’exercer temporaire assortie d’une obligation de formation
Compte tenu de la gravité des faits, la chambre disciplinaire a prononcé une interdiction d'exercer de trois mois, dont deux mois avec sursis. Le praticien devra également suivre deux formations spécifiques consacrées à la prise en charge du pied diabétique, l'une portant sur l'évaluation des pratiques podologiques et l'autre sur le bilan et le diagnostic du pied diabétique.
Au-delà de la sanction individuelle, cette décision revêt une portée pédagogique en rappelant les exigences qui s'imposent aux pédicures-podologues dans la prise en charge des patients diabétiques.
Elle souligne notamment l'importance de l'information du patient et de la traçabilité des soins. Le pédicure-podologue doit délivrer une information claire, loyale et adaptée à l'état de santé du patient, portant sur les risques liés au pied diabétique, les signes d'alerte nécessitant une consultation rapide, les mesures de prévention à mettre en œuvre et la nécessité d'un suivi médical régulier.
Cette information, ainsi que les actes réalisés, les observations cliniques et les orientations proposées, doivent être rigoureusement consignés dans le dossier du patient afin de pouvoir démontrer le respect des règles de l'art, des obligations réglementaires et des recommandations de la HAS.
En synthèse : évaluer, informer, orienter
Cette décision souligne que la prise en charge du pied diabétique ne se limite pas à la réalisation d'actes techniques.
Elle repose sur une démarche globale associant une évaluation clinique rigoureuse, une information adaptée du patient, une traçabilité des soins et une coordination étroite avec les autres professionnels de santé.
Face à un patient diabétique, le pédicure-podologue doit adopter trois réflexes essentiels : évaluer le risque, informer le patient et l'orienter sans délai lorsque la situation l'exige.

