Assistant médical : une nouvelle aide pour les médecins

Le 30.04.2021 à 09:00 par Florence Maury
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Un médecin et son assistante médicale

Florence Maury, Présidente de la Commission paritaire nationale de l'emploi et de la formation professionnelle (CPNEFP) des cabinets médicaux, décrypte la création du métier d’assistant médical et la mise en place de la formation.

Pouvez-vous nous présenter la CPNEFP ?

La CPNEFP est un organe paritaire, composée de membres d'organisations patronales et syndicales représentatives sur la branche des cabinets médicaux.

La loi "Avenir professionnel" du 5 septembre 2018 sur la réforme de la formation professionnelle a donné une nouvelle dimension aux CPNEFP en les rendant actrices de la formation professionnelle par branche.

La CPNEFP a constitué une association l’ACQPCM qui, en tant que personne morale, peut déposer des titres ou des certificats de qualification professionnelle (CQP) auprès de France Compétences (instance de gouvernance nationale de la formation professionnelle et de l'apprentissage) et en avoir la propriété intellectuelle. La CPNEFP et l’association ACQPPCM sont ainsi co-certificateurs. 

Les branches sont les plus à même de mettre en place des formations puisqu'elles connaissent les besoins du terrain. Ce processus évite la "dispersion" qui avait plus ou moins lieu auparavant avec les organismes de formation.

Quels sont les travaux de cette commission ?

Nous travaillons sur toutes les problématiques de formation et d’emploi. Au niveau de la branche des cabinets médicaux, c'est le CQP assistant médical qui constitue actuellement le plus gros dossier en cours.

Les membres de la branche n'étant pas professionnels de la formation, l'aspect de l'ingénierie (rédaction des référentiels de formation) a été travaillé en partenariat avec l'OPCO-EP (opérateur de compétence) afin de nous guider dans l'étude des aspects tant techniques qu'économiques et financiers de la création de cette nouvelle formation et de sa mise en place.

Plus globalement, nous travaillons chaque année sur la détermination des taux de prise en charge des formations pour proposition à la section paritaire professionnelle (SSP) de la branche. Nos propositions sont ainsi relayées au Conseil d'administration de l'OPCO qui fixe les barèmes annuels de prise en charge des différentes formations et dispositifs de formation pour toute la branche professionnelle.

Intervenez-vous sur la classification des cabinets médicaux ?

La branche des cabinets médicaux a fait une refonte complète de sa grille de classification des emplois pour "dépoussiérer", rénover et ajouter des métiers, notamment celui d'assistant médical afin de valoriser ce métier puisqu'en parallèle, la CPNEFP travaillait sur la partie QCP.

Pouvez-vous nous rappeler la genèse de ce projet des assistants médicaux ?

Au départ, la demande a émané de certains spécialistes et généralistes qui ont éprouvé le besoin d’une assistance dans leurs tâches quotidiennes. De fait, certaines de ces tâches étaient effectuées par leurs secrétaires médicales. 

La réflexion autour de la création de la nouvelle profession d'assistant médical a été initiée depuis de nombreuses années. Cependant, elle n'avait pas abouti au vu de la crainte exprimée par les organisations syndicales, patronales et des professionnels de santé (infirmiers entre autres) ; crainte d'un glissement de tâches institutionnalisé généré par ce nouveau métier et qui aurait empiété sur le périmètre des professions réglementées par le Code de la santé publique, notamment entre les infirmiers et les aides-soignants.

Lors de mon arrivée à la CPNEFP, branche des cabinets médicaux, il y a environ 5 ans, nous avons repris ce travail de réflexion. 

De façon paritaire, nous sommes "montés au créneau" auprès de la DGOS pour expliquer les enjeux de ce nouveau métier et les besoins des praticiens.

Nous avons aussi soulevé le fait que le métier d'assistant médical pouvait permettre une reconversion, en deuxième partie de carrière, des aides-soignants et des infirmiers, avec les problématiques physiques que l'on connaît (dorsales notamment), et ainsi éviter le chômage pour inaptitude. Le représentant de la DGOS a été sensible à cet argument.

Parallèlement, les problématiques liées au manque de médecins généralistes, aux déserts médicaux, au manque de temps des praticiens ont été autant d'éléments déclencheurs à la création par le Gouvernement de 4 000 postes d'assistants médicaux d'ici 2022, dans le cadre de son plan de transformation du système de santé. 

Cette concomitance entre la volonté du Gouvernement et le besoin des praticiens a permis l'aboutissement de ce projet, en définissant ce nouveau métier et en figeant, de concert avec la DGOS, un périmètre très précis sur les référentiels afin d'éviter toute dérive au niveau des métiers réglementés.

Les textes nécessaires sont-ils parus à ce jour ?

Oui, la branche a rédigé des référentiels d’activité et de compétences avec l'aide de la DGOS et de la section "recherche et développement" de l'OPCO-EP. 

S'agissant de la partie "réglementée" faisant l'objet d'une convention entre l'Assurance Maladie et les praticiens, un avenant a été signé pour concrétiser l'accord.

A fin février 2021, nous en sommes à 1 739 conventions signées entre l’Assurance Maladie et les praticiens, ce qui correspond à autant d'assistants médicaux recrutés sur le dispositif.

Par ailleurs, une formation de 150 heures est prévue dans le cadre de l'arrêté du 7 novembre 2019, qui énonce que "sont autorisés à exercer le métier d’assistant médical les IDE, aides-soignants et auxiliaires de puériculture sans être titulaires du CQP".

En effet, ces trois catégories de personnels ne doivent pas faire une formation complète mais une Formation d'Adaptation à l’Emploi (FAE) puisqu'elles ont déjà des bases et des diplômes correspondant à une partie du référentiel. Cette formation dans l’organisation et la gestion du cabinet médical correspond à un bloc de compétences de 112 heures.

En juillet 2020, nous avons lancé un appel à candidature pour sélectionner des organismes de formation en vue de leur octroyer un agrément de la branche. Une convention d'agrément a été signée en décembre 2020 avec 12 organismes de formation sur le territoire. Un dernier cadrage a été réalisé par visioconférence avec ces organismes en janvier 2021. L'un d'eux a commencé le processus de formation dès le mois de mars. Selon l'évolution de la crise sanitaire, les autres organismes proposeront progressivement cette formation.

En décembre 2020, le métier d'assistant médical a été reconnu par France Compétences comme métier émergeant, lui conférant une procédure simplifiée pour l'inscription au Registre National des Certifications Professionnelles (RNCP).

A ce jour, nous sommes en cours de dépôt de dossier auprès de cette instance pour l'instruction et l'inscription du CQP au RNCP, qui devrait intervenir à la fin de l'année 2021.

Quelle est la qualification obtenue à l'issue de cette formation pour les assistants médicaux ? Et quel serait leur profil ?

Les personnes ayant suivi cette formation obtiennent un Certificat de Qualification Professionnelle (CQP) d'assistant médical. Il s'agit de personnes ayant un niveau 4 au moins. Ce titre leur permet d'exercer en tant qu'assistant médical.

Les prérequis à l’entrée en formation sont les suivants :

  • niveau 4 pour les jeunes sortis de formation initiale ;
  • niveau 4 pour les demandeurs d’emploi ne possédant pas d’expérience dans le secteur de la santé ;
  • certification de niveau 4 validée en secrétariat médical, ou non validée à condition d’avoir une expérience professionnelle de 3 ans comme secrétaire médicale ;
  • certification de niveau 4 pour les salariés en reconversion.

A l'occasion d'échanges avec un contact de l'Assurance Maladie en charge du suivi de ce dossier, et d'après les statistiques ressortant des 1 739 conventions signées, à février 2021, avec les praticiens, deux types de profils émergent :

  • 80 % de secrétaires médicales et autres, qui souhaitent une évolution professionnelle et la reconnaissance de leurs compétences ;
  • 20 % de professions réglementées (infirmiers, aides-soignants, auxiliaires de puériculture), qui feront une formation plus courte à l'issue de laquelle elles obtiendront une attestation et non le CQP.

> A lire aussi  : "Les assistants médicaux en 8 questions"

Quels seront les points qui inciteront un médecin à passer convention avec l'Assurance Maladie ? Que cela va-t-il changer ?

L'objectif principal pour les praticiens est de libérer du temps médical pour mieux le consacrer à leurs patients. L'accès aux soins sera notamment facilité dans les déserts médicaux.

Les assistants médicaux pourront préparer les patients, en prenant les premiers renseignements pour constituer leurs dossiers. Ils apporteront ainsi une fluidité dans la prise en charge initiale et permettront d'avoir une meilleure coordination des soins entre les différents acteurs de la chaîne de prise en charge des patients. 

La gestion des salles d'attente devrait également s'en trouver fluidifiée grâce à la facilitation des rendez-vous qui, nous l'espérons, seront plus nombreux et dont les délais seront raccourcis.

Au-delà des critères techniques, l'assistant médical permettra une prise en compte du patient dans sa globalité et de façon plus humanisée.

Pour finir, cela permettra aux praticiens de faire évoluer leurs collaboratrices qui, au fil du temps, ont acquis des compétences qui jusqu'alors n'étaient pas réglementairement reconnues.

La formation est identique pour tout le monde mais la mise en œuvre ne sera pas déclinée de la même façon selon que l'assistant médical exercera chez un spécialiste, un généraliste, ou encore dans un cabinet pluridisciplinaire et ce, grâce au dispositif de formation du contrat de professionnalisation au sein d’une structure (alternance).

Qu'est-ce que la CPNEFP des cabinets médicaux a-t-elle apporté dans la mise en place de ce dispositif de formation ?

Par son dynamisme, sa capacité d'écoute des besoins des praticiens et sa connaissance du terrain, la branche a contribué à apporter une véritable plus-value pour la profession non seulement pour les praticiens mais aussi les personnels des cabinets médicaux.

Il convient effectivement de le souligner car l'utilité d'une branche est parfois un peu méconnue et la communication sur ses actions pour les professionnels, que ce soit les employeurs ou les salariés, n'est pas aisée.

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L’auteur

Florence Maury

Florence Maury est présidente de la CPNEFP des cabinets médicaux, appelée également "branche des personnels des cabinets médicaux". Permanente fédérale pour la fédération CFTC Santé Sociaux, elle intervient à ce titre sur la branche des cabinets médicaux mais également sur d'autres conventions collectives du secteur libéral comme, entre autres, les pharmacies d'officine, les cabinets dentaires et les laboratoires.

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