Une étude menée auprès de médecins généralistes répartis dans tout l’Hexagone
L’étude "Déterminants de non-proposition de vaccination aux adolescents par les généralistes français en 2025" a été menée à l’initiative de plusieurs acteurs, parmi lesquels Santé Publique France, l’Université de Lorraine et l’Observatoire régional de la santé, Provence-Alpes-Côte d’Azur, Marseille.
Elle a consisté en une série d’entretiens individuels semi-directifs, menés auprès d’un échantillon de 30 médecins généralistes issus de toute la France.
Son objectif : comprendre et identifier les freins à la proposition vaccinale par ces praticiens à leur patientèle d’adolescents, et identifier les éventuelles pistes d’amélioration possibles.
Dans cette perspective, les médecins participants ont été interrogés sur leur propre perception de la vaccination et sur les freins et leviers qu’ils identifient sur la vaccination des adolescents. Les questions, très précises et ouvertes, ont invité les personnes interrogées à développer leurs réponses avec des exemples concrets, rencontrés dans leur pratique : quel est le déroulement habituel d’une consultation avec un adolescent (durée, motif, etc.) ? À quelle occasion le sujet de la vaccination peut-il émerger ? Quelles sont alors les réactions de l’adolescent et de sa famille ? Y a-t-il des oppositions exprimées ? Etc.
Un constat : la couverture vaccinale des adolescents est insuffisante
Qu'il s'agisse des vaccins recommandés pendant l'adolescence, entre l'âge de 11 et 16 ans, ou des rappels des vaccins réalisés dans l'enfance, la couverture vaccinale dans cette tranche d'âge apparaît insuffisante. L’étude rappelle qu’en 2016-2017, on estimait à seulement 76% la proportion d'adolescents scolarisés en classe de 3e ayant reçu les six doses de vaccin DT-polio recommandées. Seulement 45% étaient vaccinés contre l'hépatite B.
Quant aux vaccins plus récents, comme par exemple contre les papillomavirus proposés aux jeunes filles comme aux jeunes garçons, des données de 2023 ont révélé, à 15 ans, une couverture vaccinale de 55% pour les filles et seulement 26% pour les garçons.
Enfin, la vaccination contre le méningocoque C n'a concerné en 2023 que 48% des adolescents âgés de 15 à 19 ans, alors justement que les personnes de 15 à 24 ans sont les plus touchées, selon Vaccination Info Service.
Le médecin généraliste a un rôle moteur à jouer
Dans ce contexte, le médecin traitant, souvent médecin généraliste, a indiscutablement un rôle crucial à jouer pour rappeler le calendrier vaccinal et préconiser certaines vaccinations en fonction de la situation de ses jeunes patients.
- Il les connaît généralement depuis l'enfance et a souvent réalisé les premiers vaccins.
- Du fait de la relation de confiance, il est le mieux placé pour expliquer à l'adolescent lui-même et à ses parents les avantages de la vaccination en fonction des différents contextes.
- Le carnet de santé, s’il lui est présenté à l’occasion d’une consultation, peut être l’occasion de vérifier le statut vaccinal et les dates des éventuels rappels.
La grande majorité des médecins généralistes adhère pleinement au calendrier vaccinal et est tout à fait encline à présenter les bénéfices de la vaccination, par exemple contre les HPV, beaucoup de médecins étant convaincus de son utilité, y compris pour les garçons.
Et pourtant… Selon une étude menée en 2014 et citée par Santé Publique France, il s'avère qu'une proportion importante de médecins généralistes ne profite pas des consultations des adolescents pour aborder avec eux la question de la vaccination.
Des obstacles nombreux et une "occasion manquée" d’aborder la vaccination
Un certain nombre d'obstacles à l'incitation à la vaccination apparaissent dans les résultats de l'étude que nous commentons. Ils sont très divers mais concourent tous à limiter le rôle promoteur du médecin généraliste en faveur de la vaccination des adolescents.
- La grande majorité des adolescents est en bonne santé et consulte rarement le médecin généraliste. Ce dernier ne voit souvent ses jeunes patients qu'à l'occasion d'une infection aiguë ou pour une demande de certificat pour une activité sportive. Les occasions sont donc plus rares qu’avec des patients vus plus régulièrement.
- Lorsque ces adolescents consultent, ils ne pensent pas toujours (ni leurs parents) à apporter avec eux le carnet de santé mentionnant les vaccinations réalisées et les dates de rappel.
- Beaucoup de médecins généralistes exercent à flux tendu et n'ont donc pas le temps nécessaire pour déborder sur d’autres sujets que le motif initial de consultation.
- Si l'enfance est identifiée comme une période de réalisation de plusieurs vaccins, il en va différemment de la période adolescente, à partir de 11 ans, où on part du principe que les principaux vaccins ont été faits. Il s'installe alors une sorte d'accalmie qui ne conduira pas le médecin à évoquer les vaccins avec l'adolescent.
- Enfin, la crise sanitaire semble avoir éveillé une certaine suspicion sur l’efficacité des vaccins, même les plus courants, chez un certain nombre de patients. Les médecins peuvent donc hésiter à aborder la question de la vaccination avec les parents d'adolescents.
Alors, quelles pistes pour mieux parler vaccination aux adolescents ?
Les médecins interrogés dans le cadre de l'enquête proposent plusieurs pistes pour favoriser davantage la dynamique vaccinale auprès des adolescents.
- Sensibiliser les adolescents à l’intérêt de la vaccination via des stratégies de communication adaptées à cette tranche d'âge, par exemple en recourant à des campagnes sur les réseaux sociaux.
- Mettre à disposition des médecins des supports papier ou dématérialisés qui permettraient de souligner l'importance de certaines vaccinations sans toutefois perdre de temps au cours de la consultation.
- Mettre en place un système de rappel dans les logiciels métier qui permettrait d'adresser automatiquement aux adolescents concernés une relance à propos de leur vaccination.
- Resserrer les tranches d'âge dans les recommandations pour un ciblage plus précis.
- Mieux promouvoir les deux consultations prises en charge par la Sécurité sociale et prévues à deux âges de l'adolescence (11-13 ans et 15-16 ans). En effet, ces consultations sont le meilleur moment pour évoquer la santé de l'adolescent dans son ensemble, y compris évidemment la vaccination.
- Placer la vaccination au cœur des conseils de prévention et de promotion de la santé dispensés auprès des adolescents. Elle en est aujourd’hui absente puisque les trois thématiques le plus souvent abordées au cours des consultations sont la santé sexuelle, les addictions et la nutrition.
Finalement, que retenir de cette étude ?
Cette étude porte sur un panel très restreint de 30 médecins généralistes et le choix de recueillir les réponses lors d’un entretien en face-à-face (en distanciel ou en présentiel) peut avoir biaisé certaines réponses. Pour autant, elle fait apparaître des tendances et des freins qui paraissent assez logiques et transposables plus largement :
- La couverture vaccinale des adolescents est insuffisante.
- Ce n’est pas, le plus souvent, le fait d’une opposition de la part des médecins généralistes. Pour autant, ceux-ci ne perçoivent pas la vaccination comme prioritaire ou urgente dans cette tranche d’âge.
- Les adolescents se rendent rarement en consultation, réduisant ainsi les occasions pour le médecin d’aborder la question de la vaccination.
- L’absence d’évocation de la vaccination lors d’une consultation de routine est souvent liée à un manque de temps et à l’absence de traçabilité du statut vaccinal du jeune patient.
- Malgré tout, il existe des pistes, assez simples à mettre en œuvre, pour intégrer plus facilement la vaccination dans la consultation des patients adolescents.

