Qu’est-ce qu’un "robot social" ?
Il s'agit d'une machine autonome, conçue pour établir des interactions - verbales ou non verbales - avec des humains. De ce fait, les robots sociaux sont considérés comme "de service", et non "industriels".
Un robot social est capable de bouger, de communiquer et d'agir, grâce à des algorithmes et des capteurs qui lui permettent d'adapter son comportement à son environnement et de prendre certaines "décisions".
Les robots sociaux peuvent prendre des formes variées. Compte tenu de leur finalité communicationnelle, cette forme est souvent pensée pour procurer aux utilisateurs un sentiment de sécurité et de confiance. Il peut s'agir, mais pas toujours, d'une forme se rapprochant d'un corps humain. On parle alors de robot humanoïde, ou anthropomorphe. Dans leur comportement, les robots sociaux sont également conçus pour se rapprocher au maximum des normes et des attentes culturelles et sociales.
Il peut aussi s'agir de robot animaloïde, c'est-à-dire s'inspirant d'animaux, imaginaires ou réels, comme le phoque Paro, robot émotionnel d'assistance thérapeutique destiné à aider le patient à supporter des soins douloureux.
Certains robots sociaux sont aujourd'hui capables :
- d'engager une conversation avec une personne, en s’adaptant à ses réponses,
- de lui proposer des occupations (des jeux, par exemple),
- de lui raconter des histoires,
- de déceler l'humeur de la personne et de s'y adapter, etc.
Quelle est aujourd'hui la place des robots sociaux dans les soins en France ?
Les robots sociaux existent depuis de nombreuses années, mais les avancées de l'intelligence artificielle depuis les années 2020 ont accéléré ce mouvement et ouvert de nouvelles perspectives. Parmi elles, un usage plus fréquent dans un cadre thérapeutique, même si cet usage reste aujourd’hui tout à fait marginal.
Les robots sociaux sont déjà utilisés dans le cadre de la prise en soin :
- de personnes avec troubles du spectre de l’autisme, pour améliorer les compétences communicationnelles et sociales,
- de personnes âgées, notamment atteintes de troubles cognitifs, pour les stimuler et les assister dans leur vie quotidienne,
- en pédiatrie, notamment pour occuper les jeunes patients lors de soins qui peuvent être douloureux ou effrayants.
L’usage des robots sociaux est toujours envisagé en complément des soins habituels, et non en remplacement. Il est important de le préciser car l'une des craintes principales face à un développement des robots sociaux est justement la distension du lien social et une moindre qualité humaine de la prise en charge thérapeutique.
Comment les robots sociaux sont-ils perçus par les professionnels du soin ?
Les réactions des professionnels de santé face à l'introduction d'un robot social dans les soins peuvent être très variées.
- Certains y voient une opportunité de dégager du temps pour, in fine, une meilleure prise en charge globale des patients.
- D’autres, au contraire, se sentent dépossédés de leur fonction de soin et voient d'un mauvais œil qu'un robot en réalise une partie, car c’est le cœur même de leur métier. Ils redoutent aussi la "relation" qui s'instaure entre le patient et le robot et qui peut nuire à la relation réelle entre le patient et le soignant.
Alors, faut-il introduire davantage de robots sociaux dans le soin ?
Dans un contexte où les déserts médicaux et les difficultés d'accès aux soins laissent un grand nombre de patients sans solutions, la tentation pourrait être grande de recourir plus massivement aux robots sociaux.
Dans les établissements, le fonctionnement à flux tendu et le manque de temps aboutissent dans certains cas à une déshumanisation de la relation entre le soigné et le soignant. Par ailleurs, le nombre croissant de personnes pouvant potentiellement bénéficier de l’apport des robots sociaux (personnes âgées avec troubles cognitifs, personnes avec TSA) pourrait justifier d'envisager un recours plus fréquent.
Cependant, certains éléments doivent être pris en compte :
- Accueillir un robot social dans un service suppose d'adapter l'environnement en conséquence pour permettre son fonctionnement. Il faut donc disposer des ressources nécessaires (connexion Internet, formation des utilisateurs, maintenance du robot, etc.).
- Les robots humanoïdes présentent l'avantage de mettre les patients en confiance et de faciliter le lien entre eux et la machine. Mais il faut des garde-fous : l'illusion d'avoir affaire à une personne humaine ne doit pas tromper le patient et l'amener à croire que le robot est une personne qui pense par elle-même, ni faire en sorte qu’il préfère les interactions avec le robot à celles qu’il peut avoir avec les soignants. En d’autres termes, il faut veiller à ne pas provoquer un attachement émotionnel trop fort, qui créerait une forme de dépendance à la machine.
- Pour éviter toute infantilisation et tout risque de dérive, il faut bien veiller à ce que le robot puisse être maîtrisé et paramétré : il doit par exemple pouvoir être désactivé à certains moments et les fonctions mises en œuvre doivent pouvoir être librement choisies.
- Les robots sociaux, comme d’ailleurs les nouvelles technologies en général, ont un impact environnemental qui n’est pas négligeable.
- Enfin, il se pose un problème économique qui ne peut pas être ignoré : les robots sociaux coûtent cher et ne sont pas à la portée de tous les établissements et tous les patients.
Quels scénarios pour l'avenir ?
La HAS envisage trois scénarios possibles à l'horizon 2050.
- Le scénario d’une vieillesse "technogérée" : la présence des robots sociaux serait tout à fait normalisée et répandue. Une nouvelle économie du soin verrait le jour, avec une place à part entière accordée au robot social. Un tel scénario – peu probable - impliquerait des transformations professionnelles importantes et aurait un impact social important.
- Le scénario "du luxe au bas de gamme" : le problème économique soulevé plus haut prendrait ici toute son expression. L'accès aux robots sociaux les plus sophistiqués et éthiques serait réservé à une élite. Se développerait alors un marché du robot social "bas de gamme" qui ne fournirait que des services aléatoires, moins adaptés aux besoins du patient et éthiquement moins cadrés.
- Le scénario d'une introduction progressive et responsable : dans ce scénario, les robots sociaux seraient intégrés dans les pratiques professionnelles dans la seule mesure où ils participeraient de façon objective à la qualité de vie des utilisateurs, patients comme soignants. L'introduction de ces robots serait contrôlée après expérimentation et évaluation, et chacun pourrait y accéder dans les mêmes conditions, quel que soit son statut social. Les aspects éthiques ne seraient pas négligés et une réflexion serait alors nécessaire sur des sujets tel que le consentement du patient.
Ce troisième scénario serait a priori le plus favorable, car mesuré et plus éthique. Restent encore quelques grandes inconnues d’ici 2050 : l’évolution du système de soins, le rythme des progrès technologiques et les retours d’expérience, via des études, sur l’impact des interactions avec un robot social dans le cadre spécifique du soin.
Mais quoi qu’il en soit, les robots sociaux ne relèvent plus de la science-fiction. Ils feront sans doute, d’une manière ou d’une autre, partie intégrante du système de soins à l’avenir.
Visuel généré avec l'aide de l'IA

