Les Français prêts à un allégement de l'ISF, mais opposés à sa suppression

Le 15.03.2017 par INGRID FEUERSTEIN

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L'ISF est sur la sellette pour la première fois depuis trente ans, François Fillon promettant sa suppression. Les deux tiers des Français souhaitent le maintien de cet impôt. La réforme prônée par Emmanuel Macron suscite moins de résistance.

C'est l'un des grands sujets de clivage entre les candidats à la présidentielle, mais on en parle peu, pour le moment. L'impôt de solidarité sur la fortune pourrait être supprimé si François Fillon accède au pouvoir, réformé si c'est Emmanuel Macron et maintenu en cas d'élection de Marine Le Pen. C'est la première fois depuis trente ans que cet impôt se trouve sur la sellette, alors que, jusqu'ici, seuls des ajustements avaient pu être apportés, avec plus ou moins de succès : le bouclier fiscal a coûté cher politiquement à Nicolas Sarkozy, tandis que la gauche s'est empêtrée en début de quinquennat dans la révision du barème et du plafonnement.

Toute la question est de savoir si les Français sont prêts à voir disparaître ce qui est devenu un symbole de redistribution des richesses. La réponse varie peu, de sondage en sondage : les deux tiers des Français souhaitent le maintien de l'impôt sur la fortune, comme le montre le baromètre Odoxa-Guibor pour « Les Echos » et Radio Classique. C'est à peu près le même score que lors des précédents sondages, en août 2016 et en juin 2015. Et les clivages politiques traditionnels persistent : 62 % des sympathisants de droite sont favorables à sa disparition quand 83 % des sympathisants de gauche y sont opposés. L'idée ne fait pas recette non plus chez les électeurs FN puisque 65 % d'entre eux se disent contre la suppression de l'ISF.

Il est rare pour un impôt d'être aussi populaire... Il faut dire qu'une toute petite minorité seulement le paie : c'était le cas pour 342.942 contribuables en 2015, soit moins de 1 % des foyers fiscaux. En outre, les bénéfices de sa suppression sont difficiles à mesurer. Certaines fortunes reviendraient-elles en France ? L'exil fiscal des entrepreneurs serait-il moins important ? Aucune étude ne peut vraiment chiffrer les effets de long terme.

Un impôt qui a des défauts

Les Français attribuent pourtant de nombreux défauts à l'ISF. Près de 83 % de personnes interrogées par Odoxa estiment que « les gens vraiment riches parviennent à s'y soustraire ». Ce qui paraît contradictoire avec le fait que cet impôt est souvent qualifié de « juste » (chez 60 % des répondants) et de « symbole de la redistribution des richesses » (56 %). Pour 76 % des sondés, l'impôt sur la fortune « provoque le départ de Français aisés ou d'entrepreneurs à l'étranger ».

Si sa suppression est délicate, c'est aussi parce qu'elle priverait l'Etat de précieuses recettes. 61 % des Français considèrent l'ISF comme « utile car il rapporte des sommes importantes à l'Etat chaque année ». Ses recettes dépassent désormais 5 milliards d'euros, contre à peine plus de 2 milliards au début des années 2000. Ce poids est à relativiser en comparaison des autres impôts sur la propriété. La taxe foncière, par exemple, rapporte plus de 30 milliards d'euros aux collectivités et les droits de succession pèsent pour plus de 10 milliards dans le budget de l'Etat. Dans ce contexte, les Français sont assez partagés sur la capacité de François Fillon à supprimer l'ISF. La moitié pense qu'il ira jusqu'au bout (66 % chez les sympathisants de droite hors FN), tandis que 47 % pensent qu'il devra renoncer. La proposition de réforme d'Emmanuel Macron a-t-elle plus de chances d'aboutir ? La perspective d'un maintien de l'ISF, uniquement sur les actifs immobiliers, suscite en tout cas moins de résistance : 53 % des Français se disent favorables à ce projet, qui a pourtant lui aussi ses limites. Surtout, une majorité d'électeurs de gauche (56 %) est prête à l'accepter, ce qui est loin d'être le cas pour la suppression de l'ISF.

Les chiffres clefs

  • 5,2 MILLIARDS D’EUROS : Les prévisions de recettes de l’ISF pour 2016.
  • 342 942 FOYERS assujettis à l’ISF en 2015.

ISF

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