La reprise d’activité vue par un kiné libéral

Le 11.06.2020
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Kinésithérapeute

Stéphane Beulay, kinésithérapeute et ostéopathe libéral, est installé à Spay, dans la Sarthe. Il exerce en cabinet, avec son épouse, kinésithérapeute elle aussi. Également secrétaire général interprofessionnel à la FFMKR, il explique comment il a vécu la crise sanitaire et partage son retour d’expérience après quelques semaines de déconfinement.

Comment votre profession a-t-elle traversé cette crise sanitaire ?

Quand le confinement a été annoncé, la profession ne souhaitait pas fermer les cabinets, car on considérait qu’on pouvait être utiles. Mais les patients annulaient leurs rendez-vous à tour de bras. On a essayé, cette première semaine, de garder un maximum de gens.

Puis les infos du Conseil de l’Ordre sont tombées : au début, elles stipulaient de rester ouvert en respectant les mesures barrières. Puis, rapidement, cela est devenu « Restez fermés, allez à domicile, ne prenez que les gens qui en ont le plus besoin ». Beaucoup d’informations contradictoires en 48 h qui laissent peu de place au jugement personnel : nous avons eu l’impression d’être mis au rebut. C’était assez dur. 

De mon côté, je savais que je pouvais tenir les mesures barrières sans problème : j’avais un stock de masques du H1N1 de 2012. Je pouvais aérer, condamner la salle d’attente, recevoir les patients dans des salles individuelles. Le risque, pour moi, n’était pas majeur. Mais il y a vraiment eu une peur. Je fonctionnais donc à 2 % de mon activité avec une poignée de patients opérés le jour du confinement. Sans rééducation, l’opération aurait mené à un échec. Ils étaient six : pendant un mois, à raison de 10-15 consultations par semaine, je les voyais en cabinet principalement, à domicile pour les plus âgés ou les plus fragiles.

Comment s’est passée la reprise d’activité pour votre spécialité/profession ? À quel rythme ? Tous vos confrères ont-ils pu reprendre leur activité ? Vos relations avec votre patientèle a-t-elle évolué ?

Quand la date du 11 mai a été évoquée pour le déconfinement, beaucoup de patients ont téléphoné pour demander des soins, pour un mal de dos par exemple. Petit à petit, j’ai commencé à recevoir des patients qui consultaient le médecin qui exerce près de mon cabinet.

Aujourd’hui, mon activité est de l’ordre de 60 % par rapport à l’avant-crise. Nous sommes une profession prescrite : il faut une ordonnance pour que les gens viennent nous voir. Comme les médecins ont une baisse d’activité également, la chaîne est rompue. 

J’ai la chance d’avoir des salles individuelles. Mais les collègues qui ont un plateau technique avec des vélos, des bancs de musculation, du matériel de gym, ou une piscine, ne peuvent pas rouvrir. Ceux qui faisaient un complément en Ehpad n’ont pas pu reprendre non plus. Nous avons encore écrit au ministère cette semaine pour que les Ehpad nous autorisent à aller voir nos patients. C’est catastrophique en termes de chiffre d’affaires. Il y a trop de charges avec les emprunts sur les machines. On est en train de voir si les assurances prennent en charge la perte d’exploitation, c’est le grand débat actuel.

Les recommandations professionnelles des conditions de reprise ont été communiquées. Quelles ont été les difficultés rencontrées pendant ces premières semaines de reprise ? Quelles questions persistent dans votre activité ?

L’Ordre a publié un petit guide pratique de reprise d’activités, qui préconise de se protéger de la tête aux pieds pour aller voir nos patients. Il a fallu désamorcer tout ça auprès des collègues, qui demandaient comment faire pour reprendre dans de telles conditions. On a un métier de toucher. Il est recommandé d’utiliser des gants, mais je ne peux pas masser les gens avec des gants.

Comme je ne peux avoir la preuve qu’un patient est sain, je pars du principe que tout le monde est porteur. J’aère 20 minutes après chaque passage. La salle est condamnée pendant ce temps-là. Je travaille avec mon épouse, je prends les patients à l’heure et à la demie, et elle au quart d’heure et aux trois-quarts. Les patients ne se croisent pas. Ils attendent sur le trottoir, je vais les chercher, ils se lavent les mains et je les amène tout de suite en salle de consultation. C’est une planification totalement différente, mais ils sont rassurés par la démonstration des mesures barrières. La vie a repris quasi comme avant au cabinet.

La crise sanitaire a bousculé les pratiques professionnelles : télémédecine, gestion des rendez-vous, accueil des patients, aménagement du cabinet et de la salle d’attente, examen clinique… 

À votre avis, à terme, votre profession va-t-elle revenir aux pratiques antérieures ou modifier sa manière d’exercer ? Va-t-elle continuer à recourir aux moyens technologiques utilisés pendant la crise, tels que la téléconsultation ?

Le télétravail ne faisait pas partie des prérogatives des kinés. Il est paru au Journal officiel autour du 15 avril. Personnellement, j’ai toutefois du mal à voir l’intérêt. Notre métier est un métier de contact, on touche les gens et c’est pour cela que les gens viennent nous voir. On peut le concevoir pour donner des exercices : on montre des exercices que le patient refait par mimétisme. Mais pour tout nouveau patient, il faut faire le bilan en présentiel.

J’ai fait une expérience en téléconsultation, avec un chirurgien, que j’ai trouvée intéressante. Je suis devenu ses mains. J’ai mobilisé le genou du patient et filmé en gros plan la cicatrice. Le chirurgien a pu interroger le patient. Mais ce n’est pas encore réglementé, ça ne fait pas partie des actes. 

Quant au port du masque, on espère le garder plus tard : il faut l’encourager et que cela devienne un réflexe dès qu’un patient ou un soignant contracte la moindre angine, la moindre gastro.

Un bon conseil à vos confrères en cette période de reprise ?

Le kiné est un individu qui crée du lien, qui parle aux gens, qui les touche et amène de l’humanité. C’est aujourd’hui une des seules personnes qui touche les autres. Je masse et je rentre dans la bulle des patients. Ils ont un masque, mais je mets de l’huile, et je touche. C’est super important, surtout pour des personnes qui sont seules. Le kiné est un lien d’humanité. Dans ce monde où on nous dit « Restez à un mètre, ne parlez pas face aux gens, éternuez dans votre coude », qu’on les prenne dans nos bras pour faire des manipulations, les gens adorent.

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