L’accès direct : le nouveau cadre d’exercice des kinésithérapeutes
Les dispositions de la loi Rist
La loi n° 2023-379 du 19 mai 2023, dite loi Rist, constitue une évolution majeure pour la profession.
Elle autorise les kinésithérapeutes à prendre en charge des patients sans prescription médicale préalable, dans un cadre strictement défini :
- le nombre de séances réalisables en accès direct est limité à huit ;
- le kinésithérapeute est tenu de réaliser un bilan initial et d’adresser un compte-rendu au médecin traitant du patient ;
- il doit également assurer la mise à jour systématique du dossier médical partagé.
Ce droit s'applique aux professionnels exerçant au sein d’établissements de santé (publics ou privés), d’établissements ou services sociaux et médico-sociaux, ainsi qu’en maisons de santé pluriprofessionnelles, centres de santé et équipes de soins primaires ou spécialisées.
Un kinésithérapeute libéral en exercice seul, dans son cabinet, n’est donc pas concerné par ce volet.
L’expérimentation en CPTS : une extension progressive
La loi Rist prévoyait également, dans son article 3, une expérimentation destinée à élargir l’accès direct aux kinésithérapeutes exerçant au sein des Communautés Professionnelles Territoriales de Santé (CPTS).
Le décret n° 2024-618 du 27 juin 2024 en a précisé les modalités, et c’est l’arrêté du 6 juin 2025 qui a officiellement lancé cette expérimentation dans vingt départements désignés, pour une durée de cinq ans.
Pour participer à cette expérimentation, le praticien doit :
- être installé dans l’un des départements pilotes (Aude, Deux-Sèvres, Côtes-d’Armor, Gers, Haute-Corse, Haut-Rhin, Isère, Loiret, Martinique, Mayotte, Meurthe-et-Moselle, Nord, Réunion, Rhône, Seine-Maritime, Tarn, Var, Vendée, Yonne, Yvelines) ;
- adhérer à une CPTS de ce territoire et se déclarer auprès de l’Agence Régionale de Santé compétente.
L’adhésion à une CPTS ne suppose pas de changer de lieu d’exercice. Un praticien libéral en cabinet peut intégrer une communauté territoriale tout en conservant son mode d'exercice habituel.
L’expérimentation fera l’objet d’une évaluation annuelle portant notamment sur la qualité de la prise en charge et le taux de réorientation vers un médecin, en vue d’une éventuelle généralisation.
La responsabilité professionnelle des kinésithérapeutes
L'accès direct marque une évolution des missions du kinésithérapeute. En l'absence de prescription médicale, il est amené à réaliser une première évaluation clinique afin d'identifier d'éventuelles contre-indications, de repérer les signes d'alerte et, lorsque cela est nécessaire, d'orienter le patient vers un médecin.
Cette évolution renforce son rôle dans le parcours de soins et souligne l'importance de disposer d'une couverture en responsabilité civile professionnelle et protection juridique adaptée à son exercice. Celle-ci permet d'exercer avec sérénité en bénéficiant d'une protection en cas de mise en cause ou de litige lié à l'activité professionnelle.
Avec son assurance RCP-PJ, la MACSF accompagne les professionnels de santé à chaque étape de l'évolution de leur pratique, avec des garanties conçues pour répondre aux réalités de leur métier et leur permettre de se consacrer pleinement à la prise en charge de leurs patients.
L’intégration envisagée des kinésithérapeutes au dispositif « Mon Bilan Prévention »
Une nouvelle mission de santé publique
Lors du Conseil des ministres du 12 juin 2024, le ministre délégué chargé de la Santé et de la Prévention a annoncé la possible intégration des kinésithérapeutes au dispositif « Mon Bilan Prévention ».
Ce programme, issu de la loi de financement de la Sécurité sociale 2023, prévoit quatre rendez-vous de suivi préventif pris en charge par l’Assurance Maladie au cours de la vie de chaque assuré, répartis selon les tranches d’âge suivantes : 18-25 ans, 45-50 ans, 60-65 ans et 70-75 ans.
L’objectif est d’offrir à chaque Français la possibilité de faire le point sur sa santé et ses habitudes de vie à des moments clés de son parcours. L’annonce de cette possibilité constitue une reconnaissance institutionnelle du rôle des kinésithérapeutes en matière de médecine préventive au-delà de leur fonction traditionnelle de rééducation.
De la rééducation à la prévention active
Dans son rapport d’activité 2024, le Conseil national de l’Ordre des kinésithérapeutes a redéfini la profession, plaçant la prévention au même niveau que le soin en qualifiant les kinésithérapeutes « d’acteurs de la prévention ».
Par la nature de leur activité, ces professionnels de santé passent un temps prolongé avec leurs patients. Un temps qui permet d’observer, d’éduquer et d’agir en amont de l’aggravation de certaines pathologies.
La formation initiale intègre d’ailleurs cette dimension depuis plusieurs années, notamment à travers le service sanitaire obligatoire pour les étudiants en kinésithérapie, qui les amène à intervenir dans des établissements scolaires, des structures médico-sociales ou des entreprises autour de thématiques de prévention (arrêté du 12 juin 2018 relatif au service sanitaire pour les étudiants en santé).
Le renforcement du rôle des kinésithérapeutes face au vieillissement de la population française
Le contexte démographique
En 2030, un Français sur trois aura plus de 60 ans, ce qui générera une demande croissante en matière de prévention de la perte d’autonomie, de maintien de la mobilité et de rééducation des pathologies chroniques.
Les kinésithérapeutes interviennent sur des problématiques spécifiques telles que la prévention des chutes, la gestion de l’arthrose, la réhabilitation post-AVC, ou encore l’accompagnement des patients atteints de maladies neurodégénératives.
C’est d’ailleurs ce rôle spécifique qu’a tenu à souligner Charlotte PARMENTIER-LECOCQ, ministre déléguée chargée de l’Autonomie et du Handicap : « Les kinésithérapeutes sont les artisans du maintien de l’autonomie, permettant à nos aînés de vivre mieux, chez eux, entourés de leurs proches et dans les meilleures conditions possibles. »
La démographie professionnelle et l’installation
Dans ce contexte, la question de la répartition territoriale de la profession devient majeure.
Une mesure importante est en cours de déploiement à l’horizon 2028. Les étudiants débutant en 2023 la formation conduisant au diplôme d’État de masso-kinesithérapie seront soumis à une obligation d’exercice de deux ans en zone sous-dotée ou en établissement de santé avant toute installation en libéral conventionné sur le lieu de leur choix.
Cette disposition vise à garantir un accès équitable aux soins sur l’ensemble du territoire, en orientant les jeunes praticiens vers les territoires les plus fragiles.
Des contrats incitatifs (contrat d'aide à la création de cabinet, contrat d'aide à l'installation, contrat d'aide au maintien d'activité) établis dans le cadre de la convention nationale, encouragent toutefois l’installation et le maintien des kinésithérapeutes dans ces zones prioritaires.
Plus de 109 000 kinésithérapeutes sont inscrits au tableau de l’Ordre en 2025, et ce chiffre est en progression constante chaque année. Cette dynamique démographique devrait se poursuivre, notamment sous l’effet de la loi Neuder du 27 juin 2025, qui ajuste les mécanismes du numerus apertus pour les filières de santé et ouvre la voie aux universités pour former davantage de professionnels en fonction des besoins des territoires.
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Kinésithérapeutes : transformation numérique et nouvelles pratiques professionnelles
Le Développement Professionnel Continu, une obligation au service de la qualité des soins
Le Développement Professionnel Continu (DPC), initié par la loi Hôpital Patient Santé Territoire de 2009 et codifié à l’article L.4021-1 du Code de la santé publique, constitue une obligation réglementaire pour l’ensemble des kinésithérapeutes. Il vise à maintenir et actualiser les connaissances des praticiens tout en améliorant leurs pratiques.
Concrètement, chaque praticien doit, sur une période de trois ans, valider au moins deux actions parmi les catégories suivantes :
- actions de formation continue ;
- actions d’analyse, d’évaluation et d’amélioration des pratiques ;
- actions de gestion des risques.
Le non-respect de cette obligation expose à une sanction disciplinaire pour manquement au code de déontologie.
Télésoin, une pratique encadrée pour un suivi à distance
Le cadre réglementaire du télésoin, codifié aux articles R.6316-1 et suivants du Code de la santé publique, permet aux kinésithérapeutes d’assurer un suivi à distance de leurs patients dans des conditions strictement définies. Il s’agit d’une séance réalisée par vidéo, à distinguer de la télémédecine qui, elle, implique nécessairement un professionnel médical.
Réalité virtuelle : l’immersion au service de la rééducation
La réalité virtuelle (VR) s’est imposée progressivement comme un outil thérapeutique à part entière dans certaines indications de rééducation. Son principe repose sur l’immersion du patient dans un environnement interactif en trois dimensions, qui lui offre la possibilité d’effectuer des mouvements fonctionnels dans un cadre sécurisé et contrôlé, tout en réduisant la perception du risque et de la douleur.
Sur le plan clinique, les données disponibles, notamment une revue Cochrane sur la rééducation post-AVC, montrent que la VR peut améliorer certains critères fonctionnels (en particulier la fonction du membre supérieur) lorsqu’elle est utilisée en complément des soins usuels, en augmentant le temps global consacré au traitement.
Robotique et dispositifs connectés : vers une rééducation augmentée
La robotique s’intègre dans les protocoles de rééducation, avec des dispositifs comme les exosquelettes ou les orthèses motorisées. En soutenant mécaniquement les mouvements et en limitant l’effort fourni par le patient, ces outils facilitent une récupération motrice accélérée, notamment après un AVC ou une chirurgie lourde.
Intelligence artificielle : quelle place dans la pratique clinique ?
Les progrès en matière de reconnaissance d’image, d’analyse du mouvement et de traitement des données ouvrent des perspectives concrètes pour la kinésithérapie (analyse en temps réel de la posture et du mouvement, par exemple). Ces outils peuvent contribuer à une prise en charge plus précise et à une meilleure traçabilité des évolutions cliniques.
Leur intégration dans la pratique ne va cependant pas sans poser de questions. Sur le plan juridique d’abord, puisque la décision thérapeutique finale demeure du ressort exclusif du praticien. Si un protocole établi avec l’appui d’un outil d’IA conduit à un incident, c’est la responsabilité du kinésithérapeute qui sera en première ligne.
Sur le plan éthique ensuite, car le respect du RGPD (Règlement Général sur la Protection des Données) est indispensable dès lors que des données de santé sont traitées. Le RGPD s’applique pleinement à l’activité des masseurs-kinésithérapeutes. Les données qu’ils collectent constituent des données de santé au sens du règlement, soumises à un régime de protection renforcé.
À ce titre, la Haute Autorité de Santé a publié en octobre 2025 un guide consacré aux premières clefs d’usage de l’IA générative en santé, que les professionnels sont invités à consulter.
Le rôle du Conseil National de l’Ordre
Le Conseil national de l’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes (CNOMK) assure l’encadrement déontologique de la profession. L’inscription au tableau de l’Ordre demeure obligatoire pour tout professionnel en exercice. L’institution accompagne les professionnels dans l’adaptation de leurs pratiques aux nouvelles dispositions réglementaires, tout en veillant au respect des principes déontologiques fondamentaux.
Les transformations qui touchent la profession de kinésithérapeute dessinent un métier plus autonome, plus technique et plus central dans le parcours de soins, où la rééducation s'enrichit désormais de missions de prévention, d'évaluation clinique et d'accompagnement technologique. Ces évolutions sont une opportunité, à condition d'en mesurer les implications en matière de responsabilité et de formation. Se tenir informé, se former régulièrement et être bien couvert : trois réflexes essentiels pour exercer sereinement dans ce nouveau contexte. La MACSF accompagne les kinésithérapeutes dans cette transition avec des garanties adaptées aux nouvelles réalités de leur exercice.

