IPA : un objectif initial ambitieux
La fonction d'IPA a vu le jour dans la loi de 2016 de modernisation du système de santé, puis elle a connu une évolution continue, toujours vers plus d’autonomie d’exercice et plus de domaines d’intervention pour faciliter les prises en charge et contribuer à apporter une solution aux déserts médicaux.
Pourtant, ces objectifs sont aujourd’hui loin d’être atteints : en 2026, alors que les prévisions tablaient sur 6 000 à 18 000 IPA en exercice, seuls 3 973 IPA sont diplômés et seuls 1 988 étudiants sont en formation pour le devenir…
Ces résultats décevants s'expliquent par l'existence de nombreux freins qui ont été clairement identifiés par la Mission Flash.
Des freins encore trop nombreux
Des mentions trop restrictives
Dès le départ, le choix a été fait de construire la fonction des IPA autour de pathologies ou de spécialités médicales, avec une approche par organe et pathologie : par exemple, les IPA oncologie, ou maladie rénale chronique. Cette option a eu pour effet de les "enfermer" dans leur mention et de créer une confusion entre pratique avancées et hyper spécialisation dans un domaine médical.
L’approche populationnelle s’en est trouvée occultée, alors qu’elle était la plus pertinente pour un développement optimal des IPA.
Une valorisation complexe et considérée comme insuffisante
Le modèle de financement des IPA reste fragile et peu abouti.
- En ville, le système de forfait prévaut, pour favoriser le suivi régulier plutôt que le paiement à l’acte : forfait de premier contact, forfait de suivi, forfait de bilan ponctuel, forfait de suivi rapproché, etc.
Pour compenser les pertes de revenus pendant la durée de la formation d’IPA, une aide conventionnelle a été mise en place. - En établissement, une grille indiciaire dédiée aux IPA existe mais elle n’est pas appliquée dans les établissements privés.
Dans tous les cas, la rémunération est considérée comme très faible et donc peu attractive. Cependant, il faut souligner qu’à l’heure actuelle, cette insuffisance de rémunération s’explique en grande partie par la sous-activité des IPA, dans l’attente d’une montée en puissance.
Une logique encre trop médico-centrée
Les IPA étaient supposés bénéficier d’une autonomie dans le strict domaine de compétence qui leur est reconnu. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle le protocole d'organisation en ville avec le médecin, prévu au départ, a ensuite été supprimé.
Pourtant, le dispositif reste perçu par beaucoup, notamment des médecins, comme une forme de subordination des IPA, voire une "concurrence" sur certains actes.
Des lieux d'exercice trop restreints
Les IPA ne peuvent exercer en ville que dans le cadre d'une structure d'exercice coordonnée, comme une MSP. Cela réduit les possibilités d'accès direct dans la mesure où dans la plupart de ces MSP, les médecins spécialistes sont plus rares que les médecins généralistes.
Des formations reconnues mais hétérogènes et perçues comme chères
La qualité de la formation des IPA n'est pas en cause mais le contenu des formations et leurs modalités d'organisation peuvent être très divers.
La formation s'adressant à des professionnels déjà en activité, elle est perçue comme chère, notamment par les libéraux : en effet, outre les frais pédagogiques, le professionnel doit s'absenter pendant la durée de sa formation et se faire remplacer, avec à la clé une perte de revenus importante.
Une visibilité insuffisante
Le métier d'IPA reste très peu connu du grand public, faute d'une campagne de communication d’ampleur, centrée sur eux et destinée à faire connaître leurs compétences aux patients.
Les textes successifs ont aussi pu donner le sentiment que les pouvoirs publics eux-mêmes avaient du mal à définir la place qu’ils souhaitent assigner aux IPA dans le système de santé.
Des réussites locales encourageantes
Malgré les freins nombreux, les expériences positives ne manquent pas, comme le relève la mission flash. Elles ont principalement lieu dans les établissements hospitaliers, où l’intégration des IPA paraît plus aisée. Elles sont par ailleurs très dépendantes du contexte local, en fonction notamment de la dynamique impulsée par les établissements et par la clarté du cadre d’exercice fixé.
Les 20 recommandations de la mission flash
Ces recommandations sont des réponses aux freins identifiés par la mission.
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Élaborer une stratégie nationale d’implantation des IPA, définissant les besoins prioritaires, les types de postes à développer, les conditions d’exercice attendues ainsi que des indicateurs de suivi de l’activité de ces professionnels.
Réactiver et renforcer le comité de suivi IPA, en élargissant sa composition et en lui confiant une mission régulière de suivi du déploiement, d’identification des difficultés de terrain et de proposition d’ajustements.
Confier aux ARS une mission structurée d’accompagnement territorial du déploiement des IPA, incluant un accompagnement logistique et financier et une aide à l’installation, en portant une attention renforcée aux territoires d’outre-mer.
Conduire, en lien avec l’assurance maladie, une campagne nationale d’information et de communication sur le rôle des IPA, destinée aux professionnels de santé, aux établissements et au grand public.
Engager une refonte progressive des mentions IPA autour d’une approche populationnelle et de parcours, en privilégiant des grands domaines d’intervention centrés sur une population cible. Définir plus précisément le périmètre de ces champs d’intervention d’ici la fin 2026.
Créer une mention IPA "enfants et familles", intégrant les besoins de santé de l’enfant en ville, en santé scolaire, en protection maternelle et infantile et dans le champ médico-social, et prévoir des passerelles simplifiées pour les puériculteurs souhaitant accéder à la pratique avancée.
Distinguer clairement, dans la communication publique et dans les textes, les IPA des "infirmiers spécialisés exerçant en pratique avancée", en n’ayant plus recours à cette terminologie qui entraîne une confusion sur ce qu’est la pratique avancée.
Organiser une transition progressive avec les mentions actuelles, en prévoyant des passerelles entre mentions, une validation des acquis et des modules complémentaires permettant de préserver les expertises spécialisées utiles sans fragmenter le diplôme national.
Remplacer la condition des trois années d’exercice préalable par une évaluation des compétences cliniques, du raisonnement infirmier et de la capacité à analyser des situations complexes des étudiants candidatant pour la formation IPA.
Renforcer la dimension pratique de la formation IPA en veillant à la qualité des stages proposés, via l’agrément des terrains de stage et l’accompagnement pédagogique des maîtres de stage.
Proposer la formation IPA en alternance.
Harmoniser au niveau national les dispositifs d’aide à la formation IPA, en renforçant le soutien aux étudiants infirmiers libéraux, aux petites structures et aux candidats des outre-mer.
Simultanément à la réflexion sur la structuration des futures mentions, repenser avec l’appui d’experts en sciences infirmières un socle national renforcé pour la formation IPA et systématiser l’évaluation des formations dispensées par les universités.
Garantir un accès direct fluide aux IPA, en l’élargissant au-delà des structures d’exercice coordonné.
Élargir les lieux d’exercice des IPA, notamment en ville, dans les établissements, les structures médico-sociales et les organisations territoriales de soins.
Établir une liste de prescriptions élargie, rationalisée et commune à l’ensemble des mentions, fondée sur les compétences des IPA et les besoins cliniques des patients.
Dans le même temps que le travail de refonte de la liste commune des prescriptions mentionnée dans la recommandation n° 16, travailler à la levée des blocages, actuels ou anticipés, relatifs aux prescriptions restreintes et aux conditions de prescription prévues dans le cadre des autorisations de mise sur le marché de certains produits de santé, de façon à garantir l’effectivité de la compétence de prescription des IPA.
Créer un statut de bi-appartenance pour les enseignants-chercheurs en sciences infirmières, afin de structurer une filière universitaire propre à la pratique avancée et de maintenir un lien étroit entre recherche, enseignement et exercice clinique.
Développer une filière nationale de recherche et d’évaluation sur le métier IPA, fondée sur des indicateurs harmonisés, des études médico-économiques et une meilleure traçabilité de leur activité dans les systèmes d’information.
Mettre au point un modèle économique pérenne valorisant l’expertise IPA et autorisant une pratique décloisonnée entre les différents lieux d’exercice (hôpital, établissements médico-sociaux, ville), centrée sur les parcours des patients.

