Proches du patient : jusqu'où peuvent-ils intervenir dans la relation de soins ?
Stéphanie Tamburini
Le 27.10.2026
À 09:35
7 min
Sommaire
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Cet article ne traitera pas du cas spécifique du patient mineur ou juridiquement "incapable".
Le proche joue un rôle important dans la relation de soins...
Le proche du patient qui l’accompagne lors d’une consultation ou d’une hospitalisation a évidemment un rôle important à jouer :
- Il peut être un soutien psychologique pour un patient âgé (ou au contraire jeune), angoissé ou diminué.
- Il peut contribuer à faciliter la compréhension des informations données par le soignant ou aider le patient à formuler ses questions, voire poser des questions auxquelles le patient n’aurait pas pensé lui-même.
- Il peut fournir des informations importantes pour la prise en charge, que le patient aurait omises ou qu’il n’aurait pas identifiées comme utiles.
- Il peut contribuer à une bonne observance du traitement ou à un suivi régulier.
Mais attention : le proche doit rester dans son rôle pendant une consultation et ne pas interférer de manière envahissante dans le dialogue patient-soignant. C’est pourquoi il est important de toujours s’adresser au patient directement, nous y reviendrons.
... Mais le proche n'est pas décideur !
Le principe est clair : un patient majeur et non frappé d’une incapacité juridique est seul décisionnaire en ce qui concerne sa santé, avec un certain nombre de conséquences.
Le secret médical s'impose face aux proches
Le fait d’être conjoint, parent, enfant ou aidant ne donne pas automatiquement un droit d’accès à l’information médicale.
La présence du proche en consultation fait présumer l’accord du patient pour que certains éléments, normalement couverts par le secret, lui soient également communiqués. Mais pour autant, cela n’autorise pas le professionnel à répondre à toutes les questions que ce proche pourrait poser.
Ce peut donc être un exercice difficile de gérer la situation dans ce cas. Il faudra alors tenter de distinguer entre :
- ce que le proche sait déjà et qui peut donner lieu à une confirmation ;
- ce que le proche ignore et que le médecin ne peut révéler.
En toutes hypothèses, le soignant doit refuser de donner directement au proche (par exemple, par téléphone, avant ou après la consultation) des éléments couverts par le secret.
Cependant, en cas de diagnostic ou pronostic grave, la famille et les proches peuvent recevoir les informations nécessaires pour leur permettre d’apporter un soutien direct au patient, sauf opposition de celui-ci. Cette information relève du médecin. L’objectif est alors de permettre au proche d’accompagner le patient, mais il ne s’agit pas d’une levée générale du secret médical.
De même, en cas d’urgence, l’entourage peut être consulté et des informations peuvent lui être données, par exception au principe que nous avons détaillé.
L'information et le consentement appartiennent d'abord au patient
Le patient, même accompagné en consultation, doit rester le premier destinataire de l’information médicale et consentir lui-même aux soins.
Même lorsqu’un proche est très présent ou estime "savoir ce qui est bon" pour le patient, il ne peut pas se substituer à sa volonté. Il est donc déconseillé de privilégier un dialogue essentiellement avec le proche, qui exclurait le patient de la discussion et conduirait à le déposséder de ses prérogatives.
Personne de confiance, famille, aidant, ami : tous les "proches" ne se valent pas !
Les accompagnants du patient, désignés sous le terme générique de "proches", peuvent en réalité avoir des statuts très divers. S’il s’agit le plus souvent du conjoint, le patient peut aussi être accompagné d’un enfant, d’un frère ou d’une sœur, voire d’un ami et parfois même du voisin qui l’a véhiculé pour se rendre à la consultation !
Parmi ces proches, certains ont un rôle spécifique qu’il est important de connaître pour savoir jusqu’où ils sont autorisés à interférer dans la relation de soins.
La personne de confiance
Tout patient majeur peut désigner une personne de confiance, qui peut être un parent, un proche ou le médecin traitant.
Cette personne a pour rôle de l’accompagner dans ses démarches et d’assister aux entretiens médicaux s’il le souhaite. Dans l’hypothèse où le patient ne serait plus en état d’exprimer sa volonté, la personne de confiance est consultée et apporte son témoignage sur la volonté du patient.
Attention
- Un membre de la famille n’est pas automatiquement la personne de confiance.
- La personne de confiance peut être totalement étrangère au cercle familial proprement dit.
- En dépit de ce rôle important, la personne de confiance n’a pas qualité pour décider à la place du patient : elle est supposée seulement témoigner de sa volonté s’il n’est plus apte à le faire lui-même.
Pour en savoir plus, consultez notre article :
"Personne de confiance : quelles obligations pour le médecin traitant ?"
La personne à prévenir
Il s’agit cette fois de la personne désignée par le patient lors de l’admission dans un établissement de santé, et qui est à prévenir dans le cadre de l’organisation relative à la prise en charge : questions administratives, modalités de sortie, transferts éventuels, décès, etc.
La "personne à prévenir" n’est pas nécessairement la personne de confiance. Il peut par exemple s’agir d’un voisin qui s’est rendu disponible pour accompagner un patient pour une intervention en ambulatoire.
Cette qualité ne confère pas de droits particuliers au regard du secret, de l’information ou du consentement.
Le proche aidant
Le proche aidant est la personne qui apporte son aide régulière et fréquente, à titre non professionnel, à une personne âgée en perte d’autonomie, une personne handicapée ou une personne gravement malade. L’aide apportée doit permettre au patient d’accomplir tout ou partie des actes ou des activités de la vie quotidienne.
Le proche aidant peut être un conjoint, un partenaire de PACS, un concubin, un parent ou allié, mais aussi une personne résidant avec le patient ou entretenant avec lui des liens étroits et stables. Le panel de personnes susceptibles d’être reconnues proches aidants est donc particulièrement large.
Attention
Le statut de proche aidant permet de bénéficier d’aides financières, de congés spécifiques ou encore d’actions d’information, de soutien et de formation. Mais il ne confère pas de droit à décider en lieu et place du patient, et ne délie pas le soignant du secret professionnel à l’égard de l’aidant.
Pour en savoir plus, consultez notre article :
"Quelles aides pour les aidants ?"
Les "proches", sans autre précision
Il s’agit des membres de la famille (hormis les parents pour les patients mineurs, mais ce sujet n’est pas traité ici) et des personnes qui ont une relation de proximité avec le patient, hors de tout lien familial proprement dit.
Le soignant est tenu au secret professionnel et le patient est seul décisionnaire.
Le proche peut être présent lors de la consultation (toujours, évidemment, avec l’accord du patient) mais il n’a aucun rôle spécifique à jouer.
FAQ : Comment gérer les situations difficiles avec les proches ?
L’intervention des proches dans la relation de soins est dans la plupart des cas bienveillante et facilitatrice. Mais ce n’est malheureusement pas toujours le cas et il peut arriver que le proche cherche à interférer d’une manière plus insistante ou négative, ce qui peut menacer la relation de soins avec le patient.
Voici quelques conseils si vous être confronté à ce type de situation.
*
Adressez-vous principalement au patient pour l’inciter à vous répondre directement. Si l’accompagnant s’impose trop ou coupe la parole, expliquez-lui calmement mais fermement que vous souhaitez échanger directement avec votre patient et que c’est lui qui est au centre des soins.
Si le patient a accepté - ou demandé - la présence d’un proche en consultation, c’est qu’il ne voit a priori pas d’inconvénient à que certaines informations soient divulguées en présence de ce proche. Pour autant, celui-ci ne peut être le destinataire des informations. C’est le patient que vous devez informer.
Observez votre patient et essayez de déterminer s’il paraît approuver la présence systématique du proche à ses côtés. En effet, il peut arriver que le patient n’ose pas refuser cette présence, par crainte ou par habitude. Si ce n’est pas le cas, expliquez calmement au proche que compte tenu du secret médical et pour le bon déroulement de la consultation, il est préférable qu’il attende en salle d’attente.
Il est imprudent d’accéder à cette demande car vous ignorez quelle est l’exacte nature des relations entre le patient et ce proche. Un conflit familial n’est pas exclu, et vous pourriez alors commettre un impair en transmettant des éléments couverts par le secret.
Là encore, vous devez refuser de donner des informations couvertes par le secret, à plus forte raison par téléphone puisque vous ne pouvez pas vous assurer avec certitude de l’identité de l’appelant.
Ces éléments peuvent s’avérer utiles dans le cadre de la prise en charge, notamment s’il s’agit de précisions sur des symptômes ou sur l’observance du traitement. Ces petits détails ne sont pas à négliger et peuvent même être consignés dans le dossier médical, en précisant bien que les informations émanent d’un tiers.
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À propos de l'auteur
Stéphanie Tamburini
Titulaire d'un Master 2 en Droit de la santé, Stéphanie Tamburini est juriste à la MACSF depuis 1995. Après la gestion de sinistres en responsabilité civile professionnelle, notamment les dossiers à hauts enjeux et plusieurs années au sein du bureau d’études juridiques en RCP, elle se consacre désormais à l’information des professionnels de santé sur leur cadre médico-légal d’exercice, leurs compétences et le monde de la santé.

