Des écarts de retraite persistants entre les hommes et les femmes, malgré les mesures correctives de 2026
L’inégalité entre les hommes et les femmes face à la retraite a une nouvelle fois été mise en lumière dans le dernier Panorama des retraités et des retraites publié en 2025 par la DREES (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques) (1). En 2023, la pension directe brute des femmes était en effet inférieure de 37 % à celle des hommes (1 306 euros contre 2 089 euros). Et si cet écart s’abaisse à 25 % lorsqu’elles profitent du système de réversion, il reste encore au-dessus de la moyenne des pays de l’OCDE (2).
En cause : les carrières féminines généralement incomplètes, le travail à temps partiel et les niveaux de salaire moins élevés que ceux des hommes tout au long de leur vie professionnelle, qui désavantagent les françaises retraitées au moment du calcul de leur pension.
Certes, cet écart a diminué progressivement au fil des années (il était de 50 % en 2004 ! (1)), mais la transformation est lente. Par ailleurs, le report de l’âge légal de départ à la retraite instauré dans le cadre de la réforme de 2023 pèse particulièrement sur les trajectoires féminines (3). A terme, les femmes devront en moyenne travailler 7 mois de plus pour atteindre l’âge légal de départ en retraite, contre 5 mois pour les hommes, du fait de l’amoindrissement du bénéfice tiré des trimestres obtenus au titre de la maternité et de l’éducation.
Des mesures correctives ont toutefois été prises pour limiter cet impact de la réforme, et compenser en partie l’iniquité du système de retraite. En complément de la surcote parentale (dont nous parlons plus en détail ci-après), d’autres dispositions sont entrées en vigueur en 2026 à cet effet (4):
- le calcul du salaire annuel moyen des mères sur leurs 23 ou les 24 meilleures années (selon leur nombre d’enfants), au lieu des 25 meilleures années applicables aux autres profils d’assurés sociaux ;
- la prise en compte des majorations de durée d’assurance pour naissance, dans l’ouverture des droits à retraite anticipée pour carrière longue ;
- la bonification d’un trimestre par enfant (né après 2003) pour les femmes fonctionnaires.
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Compensation des inégalités hommes-femmes en matière de retraite : les moyens actuels
Une fois à la retraite, les assurés français bénéficient :
- d’une pension de retraite de base, versée par le régime de Sécurité sociale (CNAV pour les salariés du privé, autres caisses pour les fonctionnaires, les professions libérales et les indépendants). La pension de base des femmes est calculée sur la moyenne de leurs 23, 24 ou 25 meilleures années (selon leur nombre d’enfants), et elles doivent avoir cotisé de 167 à 172 trimestres selon leur année de naissance pour obtenir le taux plein ;
- d’une pension de retraite complémentaire, versée par la caisse complémentaire dont chacun relève (par exemple l’Agirc-Arrco pour les salariés du privé, la RAFP pour les fonctionnaires, ou encore la CARMF pour les médecins libéraux). Les cotisations versées permettent de cumuler des points qui seront convertis en euros au moment de la retraite, sous forme d’une pension complémentaire.
En savoir plus sur la différence entre retraite de base, retraite complémentaire et retraite sur-complémentaire>
Zoom sur la retraite des professionnels libéraux
Le régime de retraite des libéraux est un régime par points. Les cotisations versées donnent ainsi droit à des points, qui sont multipliés par la valeur annuelle du point afin de calculer le montant de la pension. L’âge légal de départ en retraite et le nombre de trimestres pour avoir droit au taux plein sont alignés sur ceux du privé.
Les majorations et surcotes qui peuvent permettre de bonifier la pension des mères retraitées
Afin de corriger au moins en partie les impacts de la parentalité sur les droits à la retraite des femmes, le système prévoit plusieurs types de compensations :
- la majoration maternité ou d’adoption : 4 trimestres gratuits pour la mère ;
- la majoration d’éducation : 4 trimestres supplémentaires gratuits (pour la mère concernant les enfants nés avant 2010 ; pour l’un des parents ou répartis entre eux, concernant les enfants nés à partir de 2010) ;
- la majoration de la durée d’assurance retraite égale à la durée du congé parental, avec des trimestres comptabilisés de date à date, par période de 90 jours. Attention, ce dispositif n’est pas cumulable avec les trimestres de maternité et d’éducation, et s’applique uniquement s’il est plus favorable ;
- la majoration de 8 trimestres en cas d’éducation d’un enfant lourdement handicapé, cumulables avec les trimestres de maternité et d’éducation. En outre, le parent concerné a droit à une retraite à taux plein dès 65 ans, même s’il n’a pas le nombre de trimestres requis ;
- la majoration de la pension de retraite de 10 % (surcote comprise), pour les parents de 3 enfants ou plus, élevés au moins 9 ans pendant leurs 16 premières années ;
- l’affiliation à l’Assurance vieillesse des parents au foyer (AVPF), pour les assurés travaillant à temps partiel ou ne travaillant pas pour s’occuper de leurs enfants. Ces périodes sont prises en compte, sous conditions, dans le calcul des trimestres pour le départ à la retraite à taux plein. Un dispositif identique est accessible aux personnes qui accompagnent un proche en situation de handicap ou de perte d’autonomie, appelé Assurance vieillesse des aidants.
À ces dispositifs s’ajoute la surcote parentale en vigueur depuis le 1er septembre 2023 : elle majore le montant de la retraite de 1,25 % pour chaque trimestre cotisé après 63 ans, dans la limite de 5 % au total. Cette surcote est accessible à tous les statuts de retraités, quel que soit leur régime, à condition que l’assuré ait enregistré au moins un trimestre de majoration pour enfant (maternité, adoption, éducation, congé parental, enfant handicapé), et qu’il obtienne son taux plein à 63 ans.
Le versement d’une pension de réversion suite au décès du conjoint
Aujourd’hui, 4,4 millions d’assurés bénéficient d’une pension de réversion (5). Ce droit permet aux veufs et veuves de percevoir une partie de la pension de base que leur conjoint décédé touchait ou aurait touchée à la retraite : ce taux est par exemple de 54 % pour les salariés du privé et les professions libérales, et de 50 % pour la fonction publique hospitalière.
87 % des bénéficiaires de la pension de réversion sont actuellement des femmes (5), du fait de leur espérance de vie plus longue, mais aussi de leur faible niveau de pension qui leur permet de satisfaire aux conditions de revenus qui encadrent généralement ce dispositif. Concernant les salariés et les professions libérales, le conjoint survivant doit en effet respecter un plafond de ressources (25 001,60 euros par an pour une personne vivant seule, en 2026).
Ce qu’il faut savoir sur la pension de réversion :
- pour l’heure, les pensions de réversion ne concernent que les couples mariés, ou ayant été mariés (sous conditions), mais elles pourraient être prochainement étendues aux conjoints pacsés et aux concubins en 2027 ;
- pour bénéficier de la réversion, il est nécessaire de la demander car s’il s’agit d’un droit, il n’est pas mis en œuvre de façon automatique ;
- des majorations de pension de réversion de base sont parfois possibles : conjoints survivants ayant élevé une famille nombreuse, enfants encore à charge…
- la pension de retraite complémentaire peut, elle aussi, faire l’objet d’une réversion au conjoint survivant, selon des conditions propres à chaque caisse de retraite.
Pensions de réversion : de nouvelles modalités en 2027 ?
Le Conseil d'orientation des retraites travaille en effet à une prochaine réforme structurelle des pensions de réversion (5). Objectif : étendre ce droit aux couples pacsés et aux concubins, harmoniser les différents régimes en instaurant un taux unique, et généraliser les plafonds de ressources. Encore en discussion, ces évolutions pourraient participer à améliorer la protection de certaines retraitées, mais simultanément revoir à la baisse les conditions des régimes actuellement les plus favorables (par exemple la réversion de la pension des fonctionnaires, pour l’heure non soumise à conditions de ressources).
L’amélioration du niveau de ressources grâce au cumul emploi-retraite
Il est en effet possible de cumuler un revenu d’activité et une pension de retraite, soit de façon intégrale, soit dans le respect de certains plafonds. Cette option offre, aux femmes notamment, la possibilité de compléter leurs ressources de retraitées, mais aussi parfois d’acquérir de nouveaux droits à pension. L’étendue de ce dispositif sera toutefois significativement réduite dès 2027, en application de la loi de finance de la Sécurité sociale 2026.
- Les conditions du cumul emploi-retraite jusqu’au 31 décembre 2026 : le cumul intégral est possible pour les retraités bénéficiant d’une retraite à taux plein et ayant liquidé tous leurs droits à la retraite (sauf exceptions, parmi lesquelles exercer une activité spécifique prévue par la loi. Par exemple une profession de santé sur le territoire d’un désert médical). Dans les autres cas, le cumul emploi-retraite partiel reste possible, et suppose de ne pas dépasser certains plafonds de revenus (pour les professions libérales par exemple, 1 plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS) net annuel, soit 48 060 € en 2026). A la différence du cumul intégral, le cumul partiel ne permet pas d’acquérir de nouveaux droits à la retraite.
- Le cumul emploi-retraite à partir du 1er janvier 2027 : ses conditions seront alors plus restrictives, et désormais fonction de l’âge des retraités.
Effets du cumul emploi-retraite | Acquisition de nouveaux droits pour la retraite | |
|---|---|---|
Avant l’âge légal de départ en retraite (départ anticipé) | Tout revenu d’activité est déduit de la pension de retraite, dès le 1er euro. |
Non |
Entre l’âge légal de départ en retraite et 67 ans |
Les revenus d’activité sont cumulables avec la pension dans la limite de certains plafonds, qui doivent être précisés par décret. Au-delà, la pension sera réduite à hauteur de 50 % du dépassement.
| Non |
A partir de 67 ans | Les revenus d’activité sont cumulables avec la pension sans aucune limite de plafond. | L’activité permet d’acquérir des droits à une seconde retraite. |
En savoir plus sur la réforme du cumul emploi-retraite : Cumul emploi-retraite : un dispositif moins attractif à compter du 1er janvier 2027>
La retraite progressive, pour anticiper en douceur le départ en retraite
La retraite progressive est un dispositif qui permet aux salariés de réduire leur temps de travail en fin de carrière, tout en commençant à percevoir une partie de leur pension de retraite, alors calculée provisoirement. Il est possible d’en bénéficier 2 ans avant l’âge minimum de départ en retraite, à condition d’avoir cumulé au moins 150 trimestres et que le temps travaillé représente entre 40 et 80 % d’un temps complet pour un salarié (ou entre 50 et 90 % pour un agent public).
Le montant de la pension de retraite progressive sera calculé en fonction de ce temps de travail : en cas de travail à 60 % par exemple, 40 % du montant de la pension de retraite seront versés.
Le PER ou plan épargne retraite : une autre solution pour améliorer votre future pension de retraite
Le plan d’épargne retraite (PER) réserve en effet de nombreux avantages aux actifs souhaitant compléter leurs pensions de retraite :
- une ouverture possible à partir de 18 ans, qui permet ensuite de profiter de son évolution salariale tout au long de sa carrière pour l’alimenter ;
- un investissement sur différents supports comme les unités de compte et les fonds en euros, pour allier potentiel de performance et sécurité ;
- la possibilité d’opter pour la gestion pilotée à horizon adapté : les sommes sont alors investies sur des supports de plus en plus sécurisés à mesure que l’horizon de la retraite se rapproche ;
- des versements libres, et sans plafond : le PER permet des versements libres, que vous pouvez ajuster en fonction de votre capacité (reprise d’activité à temps plein, périodes de chômage, etc.), et offre ainsi une continuité dans la préparation de la retraite ;
- la possibilité de déduire du revenu imposable les versements volontaires effectués avant 70 ans, moyennant des conditions de plafond. Les épargnants non imposables peuvent en revanche opter pour une fiscalité allégée à la sortie, en rente ou en capital (imposition de la rente après un abattement selon l'âge du titulaire de la rente, ou exonération d’impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux sur la fraction du capital correspondant aux versements volontaires). Les gains réalisés sont en revanche imposables (PFU à 12,8% + 18,6% de PS en 2026).
- Vous pouvez récupérer votre épargne en rente, en capital unique ou fractionné, ou encore en mixant rente et capital unique. Une possibilité particulièrement intéressante pour les femmes ayant bénéficié de revenus faibles au cours de leur carrière, qui peuvent ainsi disposer d’un capital immédiatement disponible au moment de leur prise de retraite, sans renoncer à des ressources périodiques pour compléter leur pension.
L’assureur ne s’engage que sur le nombre d’unités de compte et non sur leur valeur. Les montants investis sur les supports en unités de compte ne sont pas garantis mais sont sujets à des fluctuations à la hausse ou à la baisse dépendant en particulier de l’évolution des marchés financiers. La description et le fonctionnement des supports en unités de compte sont détaillés dans les Documents d’Informations Clés (DIC) ou la Note d’Information, disponibles sur la page Supports financiers du site macsf.fr
L’assurance vie : un autre type de placement pour anticiper la retraite
Si le PER est le produit de référence pour les épargnants ayant comme principal objectif le financement de leur retraite, l’assurance vie leur réserve aussi de nombreux atouts. La spécificité de ce placement consiste notamment dans sa grande liquidité : le capital investi est disponible à tout moment (à la différence du PER, qui ne peut être débloqué qu’à la retraite ou à l’occasion de certains évènements de vie seulement : achat de résidence principale, invalidité…). De plus, l’assurance vie est avantageuse en matière de fiscalité à la sortie : elle peut donc constituer une alternative opportune pour les épargnants non ou faiblement imposables (tranche marginale d'imposition inférieure à 30 %), pour qui les déductions fiscales à l’entrée présentent peu d’intérêt.
Enfin, rien n’empêche de cumuler PER et assurance vie, pour profiter de ces deux dispositifs simultanément.
Un levier de stratégie fiscale de couple, particulièrement utile en cas d’inégalité de revenus
En cas d’option pour une fiscalité à l’entrée, les versements volontaires effectués sur un PER avant 70 ans sont déductibles du revenu imposable dans la limite de 4 710 euros, ou de 10 % des revenus professionnels de l’année N-1 (plafonnés à 8 PASS) s’ils sont plus avantageux. Lorsque le plafond de déduction n’est pas complètement utilisé, il peut être reportable pendant 5 ans (mis à part les plafonds des années 2024 et 2026, reportables pendant 3 ans seulement).
Avantage pour les conjoints mariés ou liés par un PACS, et soumis à imposition commune : ils peuvent chaque année choisir de mutualiser leurs plafonds de déduction non utilisés, même si un seul effectue des versements sur un PER. Une opportunité pour éviter de perdre une année de report de plafond qui arriverait à expiration, mais aussi pour optimiser la réduction d’impôt sur le revenu global du foyer en appliquant la déduction restante au conjoint ayant le TMI le plus élevé.
Un moyen de transmission et de protection du conjoint survivant
Le PER offre en effet d’autres atouts parfois méconnus, et potentiellement décisifs pour sécuriser le niveau de vie des femmes retraitées après la disparition de leur conjoint :
- le décès du détenteur du PER est un motif de déblocage anticipé du PER, sans pénalité fiscale : les capitaux reviennent alors au bénéficiaire qu’il aura désigné pour renforcer sa protection ;
- certains contrats de sortie en rente prévoient sa réversibilité au profit du conjoint survivant, qui continue alors à en bénéficier tout au long de sa vie ;
- enfin, le souscripteur d’un PER n'est pas obligé de le liquider au moment de son passage à la retraite : le cas échéant, au moment de son décès, l'épargne PER est transmise au bénéficiaire désigné. S’il s’agit d’un conjoint ou partenaire de PACS, cette transmission suit le régime fiscal de l'assurance vie, sans aucuns droits de succession.
En résumé, le PER est une solution qui s’adapte aux spécificités des parcours professionnels des femmes, en leur offrant la modularité et sécurisation nécessaires pour anticiper les aléas.
Informations fournies à titre indicatif selon les barèmes et conditions en vigueur au 21 mai 2026.
Cet article ne se substitue pas à un conseil personnalisé : pour toute question relative à votre retraite, rapprochez-vous d'un conseiller MACSF.
Questions fréquentes :
La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 inclut des mesures telles que le calcul du salaire annuel moyen sur les 23 ou 24 meilleures années pour les mères, la prise en compte des majorations de durée d'assurance pour la naissance des enfants dans les droits à la retraite anticipée, ainsi que la bonification d’un trimestre par enfant pour les femmes fonctionnaires.
Pour les femmes ayant eu des enfants, le calcul de la pension de retraite est ajusté par l'application d'une base calculée sur leurs 23 ou 24 meilleures années de salaire (selon leur nombre d’enfants), au lieu des 25 années habituelles. Ce calcul plus favorable aide à compenser les périodes d'emploi réduites ou interrompues en raison de la maternité ou de l'éducation des enfants.
La pension de réversion permet aux veufs ou veuves de percevoir une partie de la pension que leur conjoint décédé touchait ou aurait touchée à la retraite. Actuellement, elle est disponible pour les couples mariés, avec des plans pour étendre le droit aux couples pacsés et concubins en 2027. Le bénéficiaire doit respecter certaines conditions, notamment un plafond de ressources.
Après 2026, les conditions de cumul emploi-retraite deviendront plus restrictives. Toutefois, il sera possible de cumuler les revenus d’activité avec la pension dans certaines limites, et selon l'âge du retraité. Avant l'âge légal de départ, tout revenu est déduit de la pension, tandis qu’après cet âge, le cumul est possible sans dépasser des plafonds spécifiés, jusqu'à ce qu'aucune limite ne s'applique à partir de 67 ans.
Le Plan Epargne Retraite (PER) offre plusieurs avantages pour les femmes préparant leur retraite, comme la possibilité de réaliser des versements flexibles, de choisir entre différents supports de placement, et d’opter pour une gestion pilotée. De plus, les versements sont déductibles du revenu imposable, et le PER peut être récupéré sous forme de rente ou de capital à la retraite.

