Un glaucome et une cataracte cortisoniques chez une très jeune patiente
Un ophtalmologiste libéral est amené à voir en consultation à deux reprises, à un an d’intervalle, une jeune patiente à l’âge de 17 ans puis 18.
Cette jeune fille est suivie par son médecin traitant pour des allergies notamment oculaires avec eczéma palpébral, traitées régulièrement, depuis l’âge de 15 ans, par pommade Sterdex®, pommade antibio cortisonée depuis l’âge de 15 ans.
Au total, 25 boites de Sterdex® sur une période de 4 ans sont délivrées via des ordonnances renouvelables. De plus, la jeune patiente utilisant la totalité des dosettes de Sterdex®, le traitement sera est poursuivi pendant plus de 3 ans.
Lorsqu’il la reçoit, l’ophtalmologiste n’est pas informé de ces prescriptions. Il pratique donc seulement un fond d’œil, qui est normal, mais ne mesure pas la tension oculaire de cette adolescente.
Lors d’une consultation ultérieure aux urgences, une hypertonie oculaire avec excavation papillaire amène à poser le diagnostic de glaucome cortisonique, glaucome se compliquant d’une cataracte cortisonique bilatérale qui sera opérée.
Une mise hors de cause du médecin traitant et de l’ophtalmologiste
Une procédure judiciaire est alors engagée, mettant en cause :
- L’ophtalmologiste pour retard de diagnostic de glaucome.
- Le médecin traitant pour renouvellements excessifs et défaut d’information sur les risques du Sterdex®.
L’expert judiciaire conclut à un aléa thérapeutique en raison du caractère exceptionnel du glaucome cortisonique avec cataracte bilatérale cortisonique à un aussi jeune âge.
L’expert retient également une prédisposition génétique avec hypersensibilité anormale et imprévisible à la Déxamathasone.
Le taux de déficit fonctionnel permanent est évalué à 27% soit 17% pour amputation du champ visuel et 10% pour pseudophakie bilatérale. Un retentissement professionnel est également retenu.
Le jugement, 5 ans plus tard, est favorable aux deux praticiens et retient que les complications survenues relèvent d’un événement indésirable grave chez une patiente qui s’automédiquait et ne pouvait ignorer les risques encourus, la notice des boites de Sterdex® les mentionnant.
Quelques conseils de prudence
Les médecins généralistes ne doivent pas sous-estimer l’éventuelle toxicité des traitements locaux cortisonés. Ils peuvent déclencher des glaucomes cortisoniques ou des cataractes cortisoniques en cas de traitement prolongé sur terrain prédisposé.
De même, les ophtalmologistes doivent bien demander dans leur interrogatoire quels sont les antécédents des patients et les traitements suivis, y compris chez les adolescents ou jeunes adultes.
Dans cette affaire, la sagacité de l’expert a heureusement permis de mettre en évidence l’automédication prolongée de la patiente, qu’elle n’avait évidemment pas spontanément déclarée.
Ce cas clinique est l’occasion de rappeler que les collyres et pommades cortisonées sont des traitement ponctuels qui ne doivent pas devenir des traitements de fond, pour éviter des complications ophtalmologiques graves.

