La reprise d’activité vue par un neurochirurgien

Le 11.06.2020
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Chirurgien

Alex Kunsky, neurochirurgien, exerce à l’Hôpital Privé Sévigné de Cesson-Sévigné et à la Polyclinique du Maine de Laval. Dans cet entretien, il explique comment il a vécu la crise sanitaire et partage son retour d’expérience après quelques semaines de déconfinement.

Comment votre profession a-t-elle traversé cette crise sanitaire ?

Nous avons traversé cette crise sur le plan personnel comme professionnel avec beaucoup d’inquiétude. Au tout début, il s’agissait d’une situation sanitaire inédite  avec un virus inconnu : on a rapidement su la dangerosité et la contagiosité « exceptionnelle », mais nous ne savions pas très bien comment la situation pouvait évoluer, comment se protéger au mieux et protéger encore plus nos patients… Inquiétude qui touchait en premier lieu les patients et que nous avons dû gérer aussi.

Dans le même temps, même si la Bretagne  paraissait « épargnée », rien ne nous garantissait qu’elle le resterait. Nous avons finalement envisagé le transfert sanitaire des patients COVID pour soulager les hôpitaux des régions les plus touchées.

Pour autant, il n’était pas envisageable de stopper l’activité chirurgicale  et notamment la prise en charge des urgences neurochirurgicales. Heureusement, la poursuite de l’activité est restée possible relativement longtemps dans l’établissement où j’exerce.

Puis la situation épidémique s’aggravant, il nous a été demandé de réduire l’activité chirurgicale « non urgente » de façon à libérer les blocs, les anesthésistes et les infirmières y travaillant et devant être déployés sur les secteurs médicaux ou de réanimation surchargés. Une situation très inhabituelle et pas forcément facile à vivre pour un chirurgien que celle de ne plus pouvoir opérer autrement que dans l’urgence !

Au-delà de l’aspect sanitaire, du fait de la réduction de notre activité de manière durable, est venue s’ajouter l’inquiétude située au plan économique, concernant la durée de la crise, la possibilité de mise en place d’aides de l’État pour faire face à nos charges. Ainsi, à tous les points de vue, cette période d’incertitude a été très difficile.

Comment s’est passée la reprise d’activité pour votre spécialité/profession ? À quel rythme ? Tous vos confrères ont-ils pu reprendre leur activité ? Vos relations avec votre patientèle a-t-elle évolué ?

Au départ, je dirais que la reprise a été chaotique. Les organismes censés nous aider à gérer l’après-crise ont manqué de cohérence dans leurs recommandations. Nous avons reçu des listes de restrictions et d’obligations qui étaient parfois contradictoires. J’exerce dans deux départements différents où certaines recommandations n’étaient pas les mêmes. Il y a eu un manque d’harmonisation difficile à gérer pour nous médecins. Nous attentions des réponses et des solutions de la part des autorités sanitaires et nous n’avons pas reçu toutes les réponses que nous espérions.

La reprise s’est effectuée depuis le 11 mai. Nous avons pu reprendre notre activité à mi-temps puisque nous ne programmons plus que la moitié des opérations en comparaison à notre rythme précédent. De plus, nous devons planifier notre activité actuelle en tenant compte d’une possible pénurie de médicaments, ce qui complique également les choses. Il est très dommage que la gestion des stocks n’ait pas été à la hauteur.

Les relations avec nos patients sont bonnes. La plupart d’entre eux respectent les nouvelles mesures que nous avons mises en place : venir seul, arriver à l’heure, une personne dans la salle d’attente.

Les recommandations professionnelles des conditions de reprise ont été communiquées. Quelles ont été les difficultés rencontrées pendant ces premières semaines de reprise ? Quelles questions persistent dans votre activité ?

Lors de la reprise, la complexité pour nous est venue de la contradiction entre les recommandations émanant d’une part du Ministère et d’autre part de la Haute Autorité de Santé.

Compte tenu de cela, il me semble que les cliniques se sont bien débrouillées, et tout particulièrement les anesthésistes, dans la mise en œuvre de ces différentes recommandations et l’élaboration de protocoles permettant que la reprise de l’activité chirurgicale aujourd’hui se passe bien.

Cependant, il résulte de la mise en œuvre de ces protocoles un temps deux fois plus long qu’auparavant entre chaque chirurgie. Cela pose des problèmes du point de vue médical comme économique.

La crise sanitaire a bousculé les pratiques professionnelles : télémédecine, gestion des rendez-vous, accueil des patients, aménagement du cabinet et de la salle d’attente, examen clinique…

À votre avis, à terme, votre profession va-t-elle revenir aux pratiques antérieures ou modifier sa manière d’exercer ? Va-t-elle continuer à recourir aux moyens technologiques utilisés pendant la crise, tels que la téléconsultation ?

Mes patients n’adhèrent pas, pour la plupart, au principe de la télémédecine. Mon activité continue donc de s’articuler très majoritairement autour de consultations « classiques ». D’une certaine manière, c’est un peu dommage, car je trouve que cet outil peut être très pratique et j’aimerais que, dans certains cas, les patients l’utilisent davantage.

S’agissant des diverses mesures mises en place concernant l’accueil des patients, j’entends poursuivre mon activité avec les différentes dispositions liées aux gestes barrières et obligations de précaution au moins pendant toute la période estivale. À partir de septembre, je réévaluerai peut-être la situation selon le niveau de circulation du virus.

Mais a priori, en l’état actuel des choses, je pense maintenir l’ensemble de ces mesures jusqu’à la fin de l’année 2020, s’agissant tout particulièrement de la discipline dans la salle d’attente, en cabinet, de l’espacement des rendez-vous, du respect de la ponctualité et du port de masque.

Un bon conseil à vos confrères en cette période de reprise ?

En cette période de reprise, il faut « rester zen » et faire preuve de bon sens. Nous sommes médecins et par conséquent responsables. En tant que médecins, nous devons prendre nos responsabilités et décisions en toute conscience, tout en nous conformant aux recommandations qui nous sont faites.

Nous devons nous efforcer de continuer de travailler le plus possible « comme avant » en faisant preuve d’une discipline renforcée aussi bien du côté des patients que du nôtre. De notre côté également, nous devons nous plier et nous adapter à ces nouvelles habitudes, tout en gardant « l’humain » au cœur de notre activité.

L’équilibre à rechercher consiste à allier humanité, santé des patients et efficacité.

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